Les défenseurs des droits de l’homme et les milieux démocratiques craignent d’une descente vers le fascisme, évoquant  la mise en œuvre de « doctrine ennemie » du nazisme.

Personne n’est aujourd’hui en sécurité sous le régime AKP qui impose un seul choix : être un partisan d’Erdogan ou adepte de la Confrérie Gulen, gouvernement de l’ombre. Tous ceux qui critiquent le gouvernement risquent de se trouver derrières les barreaux.

La démocratie et l’AKP, ça ne colle pas !

Les reformes que l’Occident aime tant en parler ne servaient qu’au renforcement de ces conservateurs  pour mieux s’implanter dans le système.  Aujourd’hui, aucune reforme, ni avancement qui peut être considéré comme démocratique. Au contraire, la Turquie devient de plus en plus autoritaire avec des pratiques fascisantes que les pays européens évitent de voir.

En bref, la démocratie et l’AKP, ça ne colle pas ! La démocratie n’est qu’un simple instrument pour parvenir à son but, l’hégémonie totale. La démocratie, la liberté et l’égalité sont dangereux pour le gouvernement Erdogan, exactement comme en Tunisie de Ben Ali, en Syrie de Bachar Al Assad, en Irak de Saddam Hossein et en Iran de Mahmoud Ahmadinajad.

Il est maintenant indispensable de constater que des véritables reformes démocratiques renforceront la société civile, ce qui affaiblira le gouvernement AKP. On peut conclure que le gouvernement Erdogan n’est même pas capable de faire une seule loi démocratique, si ce n’est pas pour protéger ses intérêts.

Ni le clan Erdogan ni la confrérie n’ont jamais eu dans leur passé des actions ou des revendications pour la démocratie. La confrérie avait applaudi la junte militaire de 1980,  son chef Fethullah Gulen était ami personnel de Alparslan Turkes, le défunt président des loups gris. Il avait des relations étroites avec Tansu Ciller,  la première et la seule femme à exercer la charge de Premier ministre dans son pays entre 1993 et1996.  Ciller est accusé d’être le responsable des exécutions extrajudiciaires par milliers. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont porté plainte contre elle pour qu’elle soit jugée.

Une fois que l’AKP a pris le contrôle de l’armée, la police, les médias, la justice et les services secrets, Erdogan et la Confrerie Gulen se sont lancés à la chasse aux kurdes, n’hésitant pas utiliser des armes chimiques contre les combattants du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan.

Le turquisme vert

Pour le PKK, la différence entre les Turcs blancs (kemalistes) et les verts (islamistes) c’est que les anciens étaient des négationnistes et se croyaient le seul maitre du pays, par contre le turquisme vert pense que les autres existent mais exigent une totale soumission.  « L’AKP est aussi unioniste, ce qui mène à la même porte  pour nous, les kurdes. Les turquismes blancs et verts exercent tous deux le fascisme contre le peuple kurde » affirme Murat Karayilan, le dirigent du PKK. 

Sinon comment expliquer, l’emprisonnement de plus de 70 journalistes, d’au moins 33 avocats, d’une quarantaine de syndicalistes, des 500 étudiants, des centaines d’enfants et des centaines d’élus dont 18 maires et 8 députés, sans compter l’arrestation d’au moins 4 547 personnes au cours des sept derniers mois dans le cadre de l’affaire KCK, considéré par les opposants comme un complot politique du gouvernement pour intimider toute opposition. Chaque semaine des dizaines d’autres s’ajoutent à ces listes. Dans aucun pays du monde, on ne peut constater autant d’arrestations et de violations des droits de l’homme.

Et comment définir la mort de plus de 150 enfants kurdes en neuf derniers années du pouvoir AKP, les barrages destinés à inonder la région kurde et disparaitre son histoire, la mort des dizaines de combattants du PKK par des armes chimiques, les bombardements intensifs et sans cesses dans le Kurdistan irakien,  la mort de civils, les lois liberticides, la justice qui relaxe les assassins de femmes et qui condamnent les victimes, la censure, les intimidations, la prise de contrôle des medias…

Descente vers le fascisme

La Confédération des syndicats des fonctionnaires  publics (KESK) qui est dans la ligne de mire du gouvernement, parle d’une descente vers le fascisme, dénonçant fermement la condamnation le  28 novembre par la 8e cour d’assises d’Izmir de 25 syndicalistes membres de la confédération à une peine totale de 157 ans et cinq mois de prison. « C’est une décision politique » pour créer une société silencieuse et sans réaction, a dit la confédération dans un communiqué.

Doctrine ennemie du nazisme

Le président de l’Association de Juristes Contemporains (CHD), Selcuk Kozaagacli, évoque de son coté la « doctrine ennemie du nazisme » au cours d’une conférence de presse organisée conjointement mercredi 30 novembre à Istanbul avec l’association des droits de l’homme (IHD) pour dénoncer l’emprisonnement de 33 avocats, suite à des opérations menées le 22 novembre dans seize villes.  Selon Kozaagacli, cette doctrine a été mise en œuvre en Turquie par le gouvernement Erdogan.

Pour l’avocate Fethiye Cetin, « La justice et les barreaux sont devenus les jouets du gouvernement ». Elle affirme que les autorités judiciaires considèrent une partie des citoyens comme des ennemis. 

L’arrestation des avocats est la plus grave attaque depuis la création de la République turque, constate l’avocat Ercan Kanar.

Reste à savoir quel sera la fin de ce régime et quand ? Serait-ce au tour de la Turquie après la Syrie et l’Iran ou plutôt? Selon le BDP, principale force kurde, l’AKP prépare sa fin avec de telles répressions.

http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-azadi/011211 (Article également publié sur ActuKurde)

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