Le ministre Patrick Dewael et ses collègues de la Justice Jo Vandeurzen et des Affaires étrangères Karel De Gucht ont rencontré vendredi leurs homologues turcs à Istanbul. Lors de cet entretien, il avait notamment été décidé de renforcer la coopération entre les ministères publics belge et turc en organisant chaque année une réunion entre leurs plus hautes instances.

La coopération dans le domaine policier sera également améliorée, grâce aux inventaires qui permettront de connaître précisément les besoins. Ces inventaires seront présentés lors d’une prochaine visite des autorités turques en Belgique.

Le ministre Patrick Dewael a profité de la rencontre pour insister sur le caractère prioritaire de la lutte contre le terrorisme en Belgique, qui dans ce domaine fait figure de "précurseur". (Belga, 1er novembre 2008)

L’oeuvre du général Deridder et du ministre mafieux Agar

La coopération policière entre Ankara et Bruxelles a été ravivée et formalisée dès la deuxième moitié des années 90. Un accord pour la coopération policière avait été signé le 9 juillet 1996 à Ankara par le chef de la sûreté Alaaddin Yüksel au nom de la Turquie et par le commandant général de la Gendarmerie Willy Derrider pour la Belgique.

L’agence de presse officielle turque Anadolu donnait l’information suivante concernant la cérémonie de signature:

"Yüksel a dit que l’accord incluait des domaines telles que la contrebande internationale de drogue, le terrorisme, le crime organisé, la coopération sur l’immigration illégale, les travailleurs illégaux, la formation d’experts et la nomination des équipes de liaison.

"Derrider a exprimé sa confiance que les mesures seraient mises en vigueur rapidement et dit qu’en dépit des différences entre les deux pays, une liaison efficace apporterait une coopération effective.

"Questionné sur son opinion à propos de la chaîne privée de télévision pro-kurde, MED-TV, émettant depuis la Belgique, Derrider a répondu que la police belge ferait son mieux dès qu’elle aurait des preuves concrètes.

"Le chef de la sûreté belge a reconnu la présence de bureaux du PKK en Belgique. Il a dit que les représentations avaient été surveillées mais a averti que son département avait une autorité limitée à cause du fait que c’était une matière politique.

"Quand un journaliste l’a confronté avec le fait que la Belgique a des dossiers sur plus de 100.000 citoyens turcs en Belgique, Derrider a répondu que de tels dossiers étaient dressés aussi sur des citoyens belges. Cela fait partie d’un effort réussi pour comprendre la structure de la communauté turque, a-t-il dit.

"Après la cérémonie, Derrider et Yüksel ont rencontré le ministre de l’intérieur Mehmet Agar. Agar a dit que le grand nombre de Turcs en Belgique et la montée de l’activité terroriste là-bas rendait la coopération entre les deux pays tout ce qu’il y a de plus important." (Anadolu, 9 juillet 1996)

Info-Türk rappelait que le ministre de l’intérieur Mehmet Agar aurait du démissionner plus tard de son poste ministériel pour ses relations évidentes avec les bandes criminelles organisées par l’Etat profond et critiquait la première mise en application scandaleuse de cet accord en Belgique:

La première victime: la télévision kurde Med-TV

Deux mois après la signature de ce nouvel accord de police entre la Belgique et la Turquie, le 17 septembre 1996, les forces de sécurité belges ont lancé une très vaste opération contre les institutions kurdes, principalement contre les studios de Med-TV. Juste au moment où la population belge était bouleversée en apprenant l’incroyable laxisme des forces de sécurité et de la justice belges dans la scandaleuse affaire de pédophilie, cette opération anti-kurde a été présentée aux médias comme une performance digne d’éloges de la gendarmerie belge dans la lutte contre le mal.

Ce qui est plus incroyable, c’est que certains journaux belges, créditant uniquement la version de la gendarmerie et du régime turc, ont fait de leur mieux pour discréditer les institutions kurdes en Belgique. Ils continuent de justifier cette opération anti-kurde même après la libération de tous les suspects par la justice.

Il est très bien connu que le régime turc, qui a interdit depuis 70 ans l’usage de la langue kurde en Turquie, recourt à tous les moyens pour stopper la diffusion de la seule TV kurde même du Royaume-uni ou des Etats-Unis. Malheureusement, les médias belges ont préféré de ne pas parler de cet aspect de l’opération sur Med-TV. (Info-Turk, N°228, Sept-Oct 1996)

…et l’opération de fichage Asi

Selon le CLEA, Johan Vande Lanotte et Stefaan De Clerck, respectivement ministres de l’Intérieur et de la Justice, n’en étaient même pas informés.

Lorsque cette visite secrète est portée à la connaissance de l’opinion publique, le ministre De Clerck ordonne l’ouverture d’une enquête. Suite à cette instruction, le Comité P (chargé du contrôle des forces de sécurité) entame une série d’investigations sur la fameuse "opération Asi".

Le Comité P remet ses conclusions en 2001. Elles ne seront jamais rendues publiques car Freddy Troch -président du Comité de 1993 à 1996- y est formellement opposé (dans un rapport publié ultérieurement, la gendarmerie belge sera même totalement innocentée).

Arguments du Comité P ? La surveillance secrète opérée par la gendarmerie ne présentait aucun aspect politique et ne violait en rien les droits de citoyenneté des Turcs en Belgique. Or c’est le même Freddy Troch qui sera nommé à la présidence du Tribunal correctionnel de Bruges siégeant dans l’affaire Fehriye Erdal. "Vu sa parfaite connaissance des Turcs depuis l’opération "Asi", Troch était celui qui convenait le mieux"… (http://www.leclea.be/pages/page_autre.html)

Une délégation turque composée de chefs de la police et de procureurs

Enfin, en juin 2008, une délégation turque -composée de cinq chefs de la police et de deux procureurs antiterroristes- était reçue par les autorités judicaires belges qui leur confiaient les archives du DHKP-C, saisies en septembre 1999 dans un appartement à Knokke.

Or, sur l’une des photos représentant cette délégation policière turque (photo qui vient de paraître dans le quotidien Sabah), on reconnaît distinctement l’homme en civil qui avait insulté et menacé de mort Bahar Kimyongür durant une des sessions du procès devant la Cour d’appel de Gand, en septembre 2006.

Outre cette toute récente visite d’une délégation turque de haut rang, d’autres cas de collaborations scélérates entre polices belge et turque avaient -pourtant- déjà fait l’objet de dénonciations dans la grande presse (francophone notamment). Ainsi en avait-il été lorsque furent finalement révélés les dessous du kidnapping de B. Kimyongür aux Pays-Bas (en avril 2006) -un enlèvement organisé sous l’autorité de la ministre de la justice de l’époque, la socialiste Laurette Onkelinx.(www.leclea.be/communiques/revelation090708.html)
http://www.info-turk.be/363.htm#Protestations

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