Le PKK demande un cessez-le-feu pour libérer 3 otages allemands
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Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a appelé lundi la Turquie à interrompre ses opérations militaires à son encontre pour permettre la libération des trois otages allemands enlevés mercredi.

"Le PKK est prêt à relâcher les trois touristes allemands à la condition que la Turquie interrompe ses attaques militaires dans la région où ils ont été capturés et que la libération se fasse sous l’égide d’une organisation internationale comme la Croix Rouge", a déclaré à l’AFP la porte-parole de l’organisation kurde, Sozdar Avesta.

"Ils sont en bonne santé. Ils ont été arrêtés en réaction à ce que l’Allemagne fait. Nous demandons au gouvernement allemand d’avoir une autre politique à l’égard des Kurdes", a ajouté Mme Avesta, qui s’exprimait depuis les Monts Qandil (nord de l’Irak), refuge des rebelles du PKK.

Pour libérer les trois alpinistes, les troupes paramilitaires turques ont lancé une opération autour du mont Ararat (est de la Turquie) qui a été déclaré zone interdite jusqu’à nouvel ordre.

Dimanche, le PKK avait demandé à l’Allemagne de cesser sa politique "hostile" à son égard si elle voulait obtenir la libération des trois alpinistes, enlevés mercredi sur le mont Ararat.

Le PKK avait également indiqué qu’il ne libérerait pas les trois otages tant que Berlin ne renoncerait pas à la répression contre les militants du PKK et ses sympathisants en Allemagne. On estime à environ 2,4 millions le nombre de Turcs vivant en Allemagne, dont 600.000 Kurdes.

Fin juin, le gouvernement allemand avait interdit à la chaîne de télévision kurde Roj TV, émettant depuis le Danemark, de diffuser ses programmes en Allemagne, affirmant qu’elle servait la propagande des extrémistes kurdes. Une société de production qui produisait des programmes pour Roj TV avait aussi été fermée.  (AFP, 14 juil 2008)

Acte d’accusation pour le procès "Ergenekon": 86 suspects
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Le procureur en chef d’Istanbul a annoncé lundi l’envoi devant un tribunal correctionnel d’un acte d’accusation nommant 86 suspects dans l’enquête sur le réseau dit "Ergenekon", accusé de vouloir renverser le gouvernement turc.

Le document, long de 2.455 pages, soutient que les accusés ont créé une "organisation terroriste armée" et tenté d’utiliser "la force et la violence pour renverser le gouvernement ou l’empêcher de remplir ses fonctions".

Le procureur en chef Aykut Cengiz Engin a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il ne pouvait entrer dans le détail de l’acte d’accusation, qui devra d’abord être approuvé par le tribunal devant lequel il a été envoyé.

L’enquête dans l’affaire "Ergenekon", qui a vu plusieurs personnalités connues – anciens militaires, journalistes, hommes d’affaires – arrêtées, a été interprétée par plusieurs analystes comme un bras de fer entre le gouvernement islamo-conservateur et les milieux ultra-kémalistes.

Plusieurs analystes ont accusé le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), lui-même menacé d’interdiction par la Cour constitutionnelle, d’utiliser "Ergenekon" afin de mettre la pression sur ses adversaires pro-laïques.

L’acte d’accusation, résultat de plus d’un an de travail de trois procureurs, accuse les suspects d’actes de violence tels des attentats à la bombe contre le quotidien pro-laïque Cumhuriyet et une attaque armée contre le siège de la cour d’appel au cours de laquelle un juge avait trouvé la mort.

Le but, selon les médias, aurait été de créer des tensions en Turquie avec des manifestations illégales, des assassinats et des attaques contre les forces de l’ordre afin de provoquer une intervention de l’armée turque – auteur de quatre coups d’Etat en autant de décennies.

Selon M. Engin, "l’organisation terroriste mentionnée dans l’acte d’accusation n’est pas une organisation classique dans le sens séparatiste ou idéologique",  mais vise simplement à renverser le gouvernement.

Il a précisé que 48 des 86 accusés étaient en garde à vue, mais ne les a pas nommés, tout en déclarant qu’une vingtaine d’autres suspects arrêtés au début de ce mois n’étaient pas inclus dans le document présenté lundi.

Les dernières personnes placées en garde à vue dans l’affaire "Ergenekon" – dont deux généraux quatre-étoiles à la retraite, des journalistes et des hommes d’affaires – feront l’objet d’une annexe à l’acte d’accusation, a-t-il dit.

Le bureau du procureur d’Istanbul enquête sur cette affaire depuis la découverte en juin 2007 d’explosifs dans une maison sur la rive asiatique d’Istanbul.

Selon des informations parues dans les médias turcs, le but aurait été d’inciter les militaires, méfiants devant le passé islamiste de l’AKP et de son chef, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, à renverser le gouvernement. (AFP, 14 juil 2008)

Les révélations gênantes du journal turc "Taraf", bête noire de l’armée
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L’oeil pétillant, le romancier Ahmet Altan dévoile la "une" de son journal, Taraf, posé sur son bureau : l’éditorial du jour, intitulé "A l’état-major", répond du tac au tac au commandant des forces armées, Yasar Büyükanit. Depuis quelques jours, le général et l’écrivain se livrent à un bras de fer par écrits interposés. A ce jeu, Ahmet Altan a déjà gagné. Le quotidien de tendance libérale qu’il a créé, en novembre, avec l’appui financier de son éditeur, ne vend que 25 000 exemplaires par jour. Mais en six mois, il est devenu le poil à gratter de la presse turque, grâce à une liberté de ton inédite.

Cet intellectuel batailleur, petit-fils de pacha ottoman, a mis de côté ses projets de romans pour partir en guerre "contre les coups d’Etat". Au moment où les juges de la Cour constitutionnelle examinent la demande de dissolution du parti au pouvoir, l’AKP, les révélations embarrassantes se succèdent pour l’institution militaire qui reste, avec la justice, l’un des piliers du régime kémaliste. L’armée turque et ses alliés sont soupçonnés de manoeuvrer en sous-main pour renverser le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

Le 20 juin, grâce à une "fuite", Taraf a publié une série de documents confidentiels prétendant démontrer l’existence d’un plan pour faire chuter le gouvernement islamo-conservateur et élaboré en septembre 2007, au lendemain de la victoire de l’AKP aux législatives. Cette conspiration prévoit, selon le journal, l’alignement des hauts magistrats sur la ligne politique des militaires et l’utilisation de certains journalistes, artistes et recteurs d’université pour influencer l’opinion publique. Elle préconise aussi l’emploi de la force dans la région kurde et la mise au ban du parti pro-kurde DTP. D’autres réseaux politiques clandestins en lutte contre le gouvernement ont déjà été débusqués dans le cadre de l’enquête ouverte contre la cellule ultranationaliste Ergenekon. La police a lancé récemment une série d’arrestations musclées contre une brochette d’opposants notoires au gouvernement : avocats, officiers à la retraite, journalistes et dirigeants politiques. Vingt et une personnes ont encore été arrêtées, mardi 1er juillet, parmi lesquels deux ex-généraux connus pour leurs positions radicales. Un coup de filet perçu comme une réponse de l’AKP à ses ennemis.

Lundi, l’état-major a démenti l’existence du plan dénoncé par Taraf. "Mais les faits ont montré qu’il existait puisque les juges sont montés au créneau et qu’une vaste campagne a été déclenchée contre l’AKP", estime Yasemin Congar, rédactrice en chef adjointe, qui parle d’un "coup d’Etat en douceur". Le journal a également révélé qu’une rencontre secrète a eu lieu, début mars, entre le général Basbug, qui prendra la tête des forces armées en août, et le vice-président de la Cour constitutionnelle, Osman Paksüt. Pour cette entrevue matinale au siège de l’état-major, les caméras de vidéosurveillance avaient été coupées. Deux semaines plus tard, une procédure contre le parti au pouvoir était ouverte. Embarrassés, les intéressés ont reconnu les faits.

Ces derniers jours, l’armée a de nouveau dû confirmer une révélation de Taraf. L’état-major avait été averti de l’imminence d’une attaque des rebelles kurdes du PKK contre ses troupes, juste avant l’embuscade de Daglica, à l’automne dernier, dans le sud-est du pays. Ce guet-apens avait coûté la vie à 13 soldats et avait servi de déclencheur aux opérations transfrontalières lancées dans le nord de l’Irak. En s’attaquant frontalement à l’armée, Ahmet Altan s’expose. La presse nationaliste l’accuse déjà d’être financé par une puissante confrérie islamique. Beaucoup prédisent des ennuis judiciaires à Taraf. Comme Nokta, un hebdomadaire impertinent qui avait démontré l’existence de deux projets de coups d’Etat et que les juges ont fermé en 2007. "Nous avons mis un coup d’arrêt aux putschistes et le journal est déjà solidement ancré", rétorque l’écrivain journaliste qui se défend de prendre parti pour l’AKP. (Le Monde, Guillaume Perrier, 2 juillet 2008)

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