La prouesse de Bart, la petitesse du PS

Par Francis Van de Woestyne
Bart De Wever est un homme politique redoutable, doté d’une intelligence féroce, d’un sens peu commun de la stratégie. Le problème est que ces qualités intellectuelles sont sou¬ vent mises au service d’un projet politique néfaste pour le pays. Car il divise, exclut, stigmatise.

Il faut donc toujours se méfier de ses mots qui cachent souvent des maux, de ses ouvertures qui dissi¬mulent souvent de noirs desseins. Mais force est de reconnaître que son dernier discours sur la collabo¬ration marque un vrai tournant. Invité à s’exprimer devant la com¬munauté juive d’Anvers, Bart De Wever a condamné sans ambages la collaboration: c’était, a¬-t-¬il dit, une faute terrible.
C’est la pre¬mière fois qu’il s’exprime ainsi. Jusqu’alors, il avait pour habitude de justifier la collaboration. Et même de condamner les actes de contrition: en 2007, il avait dé¬noncé les propos du bourgmestre d’Anvers, Patrick Janssens, qui avait présenté ses excuses pour le comportement des policiers an¬versois pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Le jugement de Bart De Wever est donc tardif mais courageux quand on sait qu’en Flandre, dans certains villages, dans certaines familles, le souvenir de la collaboration reste vivace.

Ces propos contrastent avec l’atti¬tude frileuse, honteuse du Parti socialiste dans le dossier arménien. La direction du parti a mollement rappelé à l’ordre Emir Kir, le bourgmestre d’origine turque de Saint¬-Josse, qui refuse toujours de reconnaître, dans toutes les lan¬gues, le génocide arménien et de s’associer à l’hommage aux victimes.

Le PS a beau rappeler qu’il condamne ce génocide: tant qu’il acceptera ce genre d’accommode-ments avec l’Histoire, le PS sera soupçonné de préférer les voix des électeurs turcs à la mémoire des Arméniens massacrés il y a cent ans.
L’électoralisme et le commu¬nautarisme ont décidément un bel avenir au PS.
(La Libre Belgique, 8 mai 2015)

Emir Kir, le PS et l’hypocrisie 3.0article débloqué

Béatrice Delvaux
Mis en ligne jeudi 7 mai 2015, 11h26

Le résultat de la « comparution » d’Emir Kir est hallucinante d’hypocrisie. Le commentaire de Béatrice Delvaux
La scène, surréaliste, se déroule au Parlement bruxellois le vendredi 24 avril. Alors que depuis quelques jours des élus, Ecolo notamment, souhaitent que les députés bruxellois fassent une minute de silence pour le centenaire du génocide arménien, l’embarras est réel dans les rangs socialistes. Le PS tente de botter la minute de silence en touche et de « noyer » le génocide dans un hommage double, rendu à la fois aux victimes arméniennes et aux migrants morts dans la Méditerranée : une gerbe au monument arménien et l’envoi d’une lettre à la Commission européenne pour les migrants.

Ce qui coince ? Certains élus socialistes bruxellois d’origine turque partagent (ou ont peur de ne pas se soumettre à) l’avis de « leur » gouvernement turc qui refuse de coller le mot « génocide » aux événements d’il y a 100 ans. Ils peuvent compter sur Charles Picqué, président du Parlement qui finira par décréter que la minute de silence se fera, mais que chacun y mettra ce qu’il veut : un hommage aux victimes du génocide arménien et/ou (!) aux migrants morts en Méditerranée. Un jugement à la Salomon, qui… se moque du monde. Au diable la crédibilité et la solidité des convictions pourvu qu’on sauve les apparences socialistes. Ubuesque et ridicule. Et vite assassin lorsqu’on s’aperçoit que les deux (trois ?) députés bruxellois PS d’origine turque qui avaient tout fait pour repousser cette minute de silence, sont félicités sur les réseaux sociaux par des médias turcophones, « pour avoir empêché qu’on ne prononce le mot génocide »

Elio Di Rupo défié

Ce sera d’autant plus cruel qu’une semaine après, un autre élu d’origine turc du PS remet ça, un échelon « plus haut », à la Chambre, au nez et à la barbe de son président de parti Elio Di Rupo dont l’autorité se voit ainsi « défiée » publiquement. C’est Emir Kir, bourgmestre de Saint-Josse, dont la personnalité interpelle depuis des années à l’intérieur même du PS, qui marque, par son absence, la minute de silence fédérale. D’autres dans d’autres partis sont également absents – Meriem Almaci pour Groen expliquera qu’elle assistait à une autre réunion alors que Zuhal Demir pour la N-VA est dans l’hémicycle –, mais Kir est le plus emblématique. D’autant que la position du PS est proclamée comme intangible : le PS condamne, lui, le génocide arménien. À ce stade, Emir Kir est sommé d’aller s’expliquer au parti et les députés bruxellois devant Laurette Onkelinx.
Cet épisode n’a rien de surprenant, il était même inscrit dans les astres. Il me ramène quelques années en arrière. À l’époque, Le Soir avait pris une position très forte en faveur de l’attribution du droit de vote aux électeurs étrangers, persuadé – nous le sommes toujours aujourd’hui – du rôle essentiel que cet octroi jouait dans le sentiment d’intégration. Après les élections toutefois, intrigués par les campagnes de certains candidats sur les listes bruxelloises, un journaliste maison mène l’enquête et conclut que notamment sur les listes PS et CDH, se trouvaient des candidats affichant sur certaines thématiques des opinions différentes de la ligne de leur parti. Des partis, pour faire des voix avec des candidats populaires qui « parlent » à l’oreille des électeurs potentiels de leurs communautés dans les quartiers, ne se sont ainsi pas montrés toujours très regardants sur le pedigree ou les idées de certains.

Rappel à l’ordre

La suite (et fin ?) donnée à l’épisode arménien est tombée mercredi soir, via un communiqué émanant « bravement » du secrétaire général du PS, qui ne cite à aucun moment le nom d’Elio Di Rupo. C’est le parti qui assume – on n’est jamais trop prudent. Et ce communiqué vaut en créativité, la mascarade « à la Picqué » du Parlement bruxellois. Soyez juges : le PS dénonce le génocide et « rappelle à l’ordre ceux qui s’écartent de cette position ». Mais Kir, lui, « militant résolu de la réconciliation entre les peuples », partage « la position officielle de la Belgique » et « encourage la Turquie et l’Arménie à poursuivre leurs efforts en vue de… bla bla bla ».

C’est le miracle du 6 mai : Kir ne dira pas « génocide » mais reste socialiste. Et c’est Simone Susskind, brave combattante socialiste et fidèle des fidèles, qu’Elio sort de son chapeau pour entamer des rencontres « pour surmonter les difficultés actuelles. » Des difficultés ? De l’hypocrisie 3.0, à mourir de rire, si ce n’était pathétique, version II de « De qui se moque-t-on ? »

La règle des convictions partagées soluble dans la conquête électorale ? Au prix d’une perte de crédibilité auprès des citoyens qui n’aiment pas être les dupes d’une hypocrisie tactique ? Ces instrumentalisations et ces faux fuyants sont des insultes à l’intelligence des citoyens. Ils tuent l’amour du politique, déjà pas très vaillant.

 

Génocide arménien: un simple “rappel à l’ordre” du PS pour Emir Kir

Le secrétaire général du PS, Gilles Mahieu, a entendu mercredi les explications du député-bourgmestre Emir Kir à propos de son absence lors de la minute de silence organisée il y a une semaine à la Chambre des représentants pour commémorer le génocide arménien.

Il a annoncé que face à l’urgence d’un dialogue de mémoire entre les citoyens, notamment d’origine arménienne et turque, la députée bruxelloise Simone Susskind entamerait une série de rencontres pour surmonter les difficultés actuelles. Le communiqué du PS n’est pourtant pas dénué d’ambiguïtés.

“Dénoncer une attitude est important. Désamorcer une colère ou un conflit, amener à comprendre l’autre, l’est tout autant. Le PS a décidé de faire l’un et l’autre”, a souligné M. Mahieu, dans un communiqué diffusé après la rencontre.

“Le PS réaffirme qu’il considère que les massacres programmés et les déportations organisées dont furent victimes les Arméniens constituent un génocide perpétré dans l’Empire Ottoman… Personne ne peut impunément nier la violence toute particulière subie par ce peuple qui est un martyr de l’histoire et le PS rappelle à l’ordre celles et ceux, parmi ses mandataires, qui s’écartent de cette position”, a ajouté le secrétaire général du parti au terme de l’entretien.

Selon Gilles Mahieu, Emir Kir connaît la position de son parti, “qu’il n’a d’ailleurs jamais remise en question. Il se veut un militant résolu de la réconciliation entre les peuples et s’oppose à toute forme de violence, a fortiori des violences politiques ou commises à l’encontre d’un peuple, quel qu’il soit”.

L’ambiguîté de la position d’Emir Kir met en lumière celle de la Belgique

Mais le communiqué du Parti socialiste, s’il évoque clairement un “génocide” dans son début, devient plus ambigu lorsqu’il évoque la position d’Emir Kir par la suite. “A l’instar de la position officielle du gouvernement belge et donc de la Belgique, il (Emir Kir, NDLR) reconnaît et déplore totalement cette tragédie humaine”.

L’ambiguïté de ce passage a le mérite de souligner l’ambiguïté même de la position officielle de la Belgique qui, en tant qu’Etat, n’a jamais reconnu officiellement cette “tragédie humaine” comme un génocide. Pour rappel, l’actuel ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR) n’était d’ailleurs pas présent aux cérémonies officielles de commémoration du centenaire du génocide en Arménie. “Comme le gouvernement belge, il (Emir Kir) encourage la Turquie et l’Arménie à poursuivre leurs efforts en vue de normaliser leurs relations pour tendre vers une reconnaissance de ce qui s’est réellement passé à l’époque”.

Pour le PS, reconnaître un génocide “n’est pas montrer du doigt une communauté. La communauté turque de Belgique n’est évidemment responsable en rien de massacres perpétrés il y a 100 ans. Cette communauté est respectée dans notre pays et son apport est une richesse pour l’ensemble de la société”.

Le secrétaire général du PS a également insisté sur le fait qu’alors que, de plus en plus, la jeunesse turque fait son travail de mémoire, “il existe une certaine crainte dans notre pays de suivre ce chemin nécessaire; celle d’être assimilé à des bourreaux, d’être stigmatisé, la crainte que cette reconnaissance ne passe sous silence le sort de toutes les victimes civiles – y compris turques – des conflits qui ont secoué l’Empire ottoman”. (RTBF-Belga, 6 mai 2016)

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