Au lendemain du 107e anniversaire de la commémoration du génocide arménien, la stèle du génocide de 1915 au square Henri Michaux à Ixelles a été profanée par les Loups Gris. L’extrême droite turque a signé son obscène profanation : trois croissants de lune rouge.

En grosses lettres peintes en rouge sur la stèle, les mots “FUCK PAYLAN” font référence à Garo Paylan, le député d’origine arménienne qui demande depuis des années au parlement turc de reconnaître le génocide.

Cet acte d’hostilité coïncide avec les attaques contre notre ami Garo Paylan non seulement par le président de la République Recep Tayyip Erdogan et les dirigeants politiques actuels, mais également par les dirigeants de certains partis politiques d’opposition en Turquie.

Un des députés qui luttent toujours contre la tyrannie et pour la démocratisation dans la Grande Assemblée Nationale de Turquie, Garo Paylan se trouve souvent dans les pays européens, plus particulièrement en Belgique afin de faire entendre la voix des forces démocratiques de son pays.

Cette profanation de la stèle du génocide avec insulte à Garo Paylan démontre qu’il est la cible des loups gris dans la capitale européenne.

Il ne s’agit pas du premier vandalisme des Loups Gris en Belgique.

Je reprend une grande partie de mon article du 19 février 2020 en réponse au ministre de la Justice belge Koen Geens qui avait donné une réponse tout à fait rassurante à la question “Si les Loups gris, organisation armée ultranationaliste turque reliée au Parti d’action nationaliste (MHP), ou des organisations connexes essayaient d’infiltrer la Belgique.”

Tout d’abord, il faut préciser que les Loups gris sont des activistes du Parti d’action nationaliste (MHP) qui est actuellement le seul partenaire de l’AKP dans l’Assemblée nationale de Turquie et porte la responsabilité de toutes la terreur d’état et les invasions des territoires pes pays voisin comme la Syrie, l’Iraq et le Haut-Karabagh.

Le MHP est une organisation qui a déclenché le terrorisme armé déjà dans les années 60 et qui est coupable depuis lors de plusieurs massacres: le dimanche sanglant à Istanbul (1969), les massacres à Ankara (1978), Kahramanmaras (1978), Corum (1980) et à Sivas (1993).

En 1981, un Loup Gris du nom de Mehmet Ali Ağca a tenté d’assassiner le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre à Rome.

Les Loups Gris ont également des liens dans des pays et des régions turcophones, surtout en Azerbaïdjan, dans les pays d’Asie centrale, et aussi avec les Turcs des Balkans et du Caucase. Ceci afin de faire la propagande de l’idéologie pan-turquiste et de montrer leur solidarité avec les mouvements nationalistes d’autres peuples qu’ils considèrent comme frères.

Pendant la récente guerre syrienne, les Loups gris ont pris part aux combats au côté de milices islamistes contre les forces armées syriennes et kurdes.

Dans les pays européens dont la Belgique, l’infiltration des Loups Gris a commencé en 1978.

En Belgique, notre bulletin d’information Info-Türk donne depuis 1978 toutes les informations en quatre langues concernant les actes de violence des Loups gris aussi bien en Europe qu’en Belgique.

Déjà dans le numéro de mai 1978, nous avons donné les premières nouvelles alarmantes pour la Belgique:

“Après avoir multiplié les provocations pour une guerre civile en Turquie, le Parti d’Action Nationaliste (MHP) a récemment lancé une vaste campagne parmi les travailleurs turcs à l’étranger. A Bruxelles, les partisans fascistes du MHP ont établi leur organisation à la rue Verte 30 – 1030 Bruxelles, sous l’appellation de ‘Association Culturelle Turque: Club des Idéalistes’. Immédiatement après la fondation de leur organisation terroriste, ses membres commencèrent à attaquer des ouvriers et étudiants turcs qui ne partageaient pas leur ‘idéal’.

“Le 20 avril 1978, alors que deux travailleurs progressistes étaient dans le café Emirdag à la Chaussée de Haecht, les membres du ‘Club des Idéalistes’ tentèrent de les provoquer en les insultant.

“Le 22 avril, des fascistes armés de barres de fer et de hachettes attaquèrent un groupe qui distribuait des tracts pour la manifestation du 1er mai et blessèrent un des distributeurs.

“Le 25 avril, alors qu’une dizaine de progressistes se trouvaient dans le café Emirdag, ils furent encerclés par des agresseurs fascistes armés de revolvers, de poignards et de barres de fer. Quand le propriétaire fit appel à la police, ils cachèrent leurs armes que la police ne put trouver.

“Des organisations progressistes turques à Bruxelles ont demandé aux autorités belges d’interdire ce centre fasciste et d’expulser de Belgique les responsables.”

Depuis lors, les actes agressifs et violents par les Loups Gris n’ont jamais cessé dans ce pays.

Le 31 décembre 1993, lorsqu’un groupe d’intellectuels kurdes et d’activistes, participant à une longue marche pour la liberté depuis Bonn, sont arrivés à Bruxelles, les Loups gris ont provoqué une centaine de jeunes turcs et organisé une violente manifestation anti-kurde à Saint-Josse. Ils scandaient des slogans tels que “Saint-Josse est un quartier turc!”, “Il n’y a pas de place ici pour les Kurdes!”.

Un des premiers grands congrès européens de la Türk-Federasyon a été tenu le 12 mai 1996 à Genk avec la participation des principaux dirigeants des Loups Gris. L’attaché culturel de l’Ambassade de Turquie était l’un des invités d’honneur à côté du leader historique du mouvement néo-fasciste turc, l’ancien colonel Alparslan Türkes.

L’organisation de la soirée de Newroz du 20 mars 1998 au Cirque royal a été confiée au président de la Türk-Federasyon en tant que porte-parole de toutes les fédérations pro-gouvernementales.

Le 7 novembre 1998,  les Loups gris portant les drapeaux du MHP ont attaqué sous les yeux de la police les locaux de l’Institut kurde de Bruxelles et d’une association culturelle kurde situés Rue Bonneels à Saint-Josse. En scandant des slogans anti-kurdes, ils ont incendié les deux bâtiments.

Le 17 novembre 2016, l’Institut kurde de Bruxelles à Saint-Josse a de nouveau été attaqué par des Loups gris qui scandaient des slogans anti-kurdes.

Le Vif: “Le vrai discours des Loups gris turcs”

Quant à l’infiltration des Loups gris dans la politique belge, voici un article intitulé “Le vrai discours des Loups gris turcs” paru dans Le Vif du 8 novembre 2012:

La venue au Palais des Congrès de Liège du leader politique des Loups gris, Devlet Bahceli, président du MHP turc, le 20 mai dernier, avait suscité beaucoup d’émotion dans la Cité ardente. Le Comité des Arméniens de Belgique avait pourtant prévenu par fax, le 18 mai, toutes les autorités: fédérales, régionales, communautaires, provinciales, communales et judiciaires.

En raison de son radicalisme, le mouvement des Loups gris est classé comme groupe “à suivre”. Même sans être visées particulièrement, à la différence des Arméniens qui revendiquent la reconnaissance par l’Etat turc du génocide dont leur peuple fut victime entre 1915 et 1917, les autorités avaient des raisons de s’inquiéter. Ce mouvement ne fait rien pour accroître le sentiment d’appartenance des Belgo-Turcs à leur patrie d’accueil (24 % seulement se disent ‘fiers d’être Belges’ selon une enquête Eurislam commandée par la Commission européenne et publiée en juin dernier).

Le discours qu’a prononcé à Liège, le 20 mai dernier, Devlet Bahceli, président général du Parti Mouvement National (MHP), n’était pas de la guimauve. Le Vif/L’Express a pu prendre connaissance de la traduction française de ce discours-fleuve dont l’original se trouve sur le site du MHP, bras politique des Loups gris et maison-mère de la Fédération des nationalistes turcs démocrates turcs de Belgique, active dans l’animation culturelle de l’immigration turque. Bahceli était en tournée européenne pour galvaniser les troupes et fédérer les énergies panturques. Après les envolées lyriques vinrent l’exhortation des migrants à préserver leur identité turco-musulmane, également des propos très hostiles à l’égard des Arméniens et des Kurdes, ainsi que l’impatience de voir des élus turcs s’élever dans la sphère politique pour veiller, dans l’ordre, aux intérêts de la Turquie et du “pays où ils vivent”. Voici quelques extraits significatifs de ce discours prononcé en turc, sans détours.

“Turcs d’Europe, vous représentez la gloire et la splendeur de l’identité turque”. Devlet Bahceli s’incline devant le courage qu’il a fallu aux migrants pour s’expatrier. ‘Certes, nous savons que, dans ce pays, vous êtes perçus comme étrangers et vous avez rencontré beaucoup de difficultés en tant que porteurs d’une identité et d’une culture étrangère. Mais vous ne leur avez jamais cédé.” Il poursuit : “Vous avez fait de la Belgique votre Emirdag, vous avez ramené l’Anatolie en Belgique, vous n’avez pas rompu avec vos traditions et vos habitudes, vous n’avez pas abandonné vos racines, vos ressources et votre minaret”.

Un petit coup de langue à l’égard de la Turquie : ‘Les dirigeants de notre patrie n’ont pas pu assurer, ni à vous ni à la génération précédente, les besoins fondamentaux de la vie que sont l’éducation, l’emploi, une alimentation quotidienne ; vous les avez obtenus dans des pays étrangers’. Et un autre coup de griffe pour l’un de ces ‘pays étrangers’ pourtant accueillant: ‘Au début de cette deuxième décennie du siècle, vous luttez pour la vie dans un monde qui s’éloigne des valeurs de l’humanité. Dans la capitale de l’Union européenne, centre politique des valeurs occidentales, vous enseignez la civilisation et vous montrez ainsi qui est la nation turque’.

Le grand patron du MHP s’en prend ensuite aux “lobbies de la diaspora” qui, en France, tentent d’obtenir la pénalisation du ‘soit-disant génocide arménien’ et qui, en Belgique, ont tenté de les priver d’une salle de congrès. “Comme des fascistes et des racistes, ils ont proféré à notre égard des bassesses qu’un esprit sain ne saurait imaginer (…). Ils doivent savoir que leurs mentalités et leurs intentions sont pires que celles des nazis.” Pour les Kurdes (dont il ne prononce pas le nom), Devlet Bahceli prévient: “Nous n’allons pas rester silencieux concernant le souhait de certains de voir la Turquie se diviser, de poser des exigences d’enseignement dans leur langue maternelle…”

Si sourcilleux de l’unité de son propre pays, l’orateur voit la Belgique comme un simple ‘édifice démocratique’ dont la communauté turque est devenue une “ composante” ayant gardé intactes ses traditions. “Les Turcs vivant ici sont arrivés à une position qui leur a permis d’apporter une contribution importante à la vie commerciale, politique, économique et socio-culturelle de la Belgique. Mais il faut certainement arriver à un stade encore supérieur”, exhorte Bahceli. Comment? “Pour bénéficier de tous les types de droits sociaux, politiques et économiques, et être pris en compte comme une force sociologique, vous devez lutter et afficher vos intentions. Représentez la nation turque dans les élections locales et nationales, et veillez aux intérêts de la Turquie et du pays dans lequel vous vivez.” Un programme clair et net.”

Le 2 février 2020, les dirigeants des fédérations des Loups gris (Türk-Federasyon) d’Allemagne, France, Pays-Bas, Autriche, Suisse, Grande Bretagne, Scandinavie et Belgique se sont réunis au siège du MHP à Ankara. Le président du MHP Devlet Bahçeli, dans un long discours adressé aux représentants des Loups gris en Europe a dit: “En tant que représentants de la turcité européenne, de la grande nation turque de la géographie de l’Europe occidentale, vous assumez également des responsabilités importantes. Ne vous sentez pas seuls dans cette tâche. Sachez que nous vous accompagnerons dans tous vos travaux. Dans le même temps, je crois sincèrement que vous ne donnerez pas la possibilité aux fauteurs de troubles, ennemis de la nation turque et de l’État turc.”

Le 14 février 2020, la déclaration de Devlet Bahceli au Parlement turc: “Le président Bashar Assad est un meurtrier et criminel. Si nécessaire, la nation turque devrait envisager d’entrer dans Damas. Si nécessaire, brûlons la Syrie, détruisons Idlib!”

Si ces documents ne sont pas suffisamment clairs et nets, nous proposons au ministre de la Justice et aux autres dirigeants de ce pays, deux sources riches d’informations sur les Loups gris, réalisées grâce au travail minutieux et objectif du chercheur Pierre-Yves Lambert.

On peut y trouver également beaucoup d’informations sur la participation des élu(e)s belges à des happenings loups gris et les visites réciproques entre la Turquie et la Belgique.

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