Depuis trois millénaires, l’Anatolie est le foyer ou le lieu de passage de nombreuses populations. C’est une terre où coexistèrent et où coexistent toujours Arméniens, Assyriens, Grecs, Arabes, Kurdes, Turcs, Zazas ainsi que de nombreux autres groupes minoritaires tels les Lazes, les Tcherkesses, les Pomaks, les Yörüks, etc… Certains de ces peuples adoptèrent majoritairement le Christianisme apostolique, d’autres le Christianisme romain ou orthodoxe ou nestorien ou chaldéen ; d’autres encore l’Islam sunnite ou l’Islam chiite ou la réligion d’alevi ; Yezidis, d’autres encore restèrent mazdéens ou conservèrent des croyances traditionelle.
Cette coexistence entraîna naturellement des conflits – parfois très violents – mais engendra bien plus encore une proximité culturelle et un brassage ethnique qui récusent par les faits l’idéologie meurtrière de pureté raciale ou linguistique : l’immense majorité des ressortissants actuels de Turquie possède des ascendants de multiples origines.
Pourtant, l’Empire ottoman puis la Turquie kémaliste ont artificiellement refondé l’identité du pays sur la réduction en servitude et la négation de l’identité des peuples dominés, puis sur une essentialisation turque de la " race ". Cette pensée fascisante a conduit le pays à d’abominables crimes de masse tels :
– le génocide des Arméniens et des Assyro-Chaldéens (1915-1916)
– le massacre des Kurdes, Alévis et Kizilbachs de Koçkiri (1919-1921)
– l’expulsion brutale des Grecs (1923-1924)
– le massacre des Kurdes et des Assyriens suivant la révolte de Sheikh Said (1925-1928)
– les massacres des Kurdes, Alévis et Kizilbachs de Dersim (1935-1938)
– les lois iniques et les déportations d’Arméniens, de Juifs, de Grecs (1942)
– les pogroms d’Istanbul et d’Izmir contre les Grecs, les Arméniens et les Juifs (1955)
– la guerre contre les Kurdes (depuis 1984)
Il faut rappeler que la république kémaliste, depuis sa fondation, prend également pour cible et réprime tous les opposants du régime quelle que soit leur origine y compris des démocrates turcs.
Enfin, la politique ultranationaliste et négationniste d’Ankara prend en otage les immigrés turcs dans les pays européens avec la complicité de certains politiciens autochtones et les incite incessamment contre les communautés arménienne, assyrienne et kurde.
Confrontés à cette idéologie de la haine et à ses conséquences mortifères, les peuples unis d’Anatolie :
– rejettent l’idée d’une quelconque suprématie raciale ou religieuse et réaffirment leur attachement indéfectible aux droits fondamentaux individuels de tous les citoyens de Turquie ainsi qu’aux droits collectifs des peuples vivant dans cet Etat ;
– récusent la fiction d’une Turquie monolithique telle que prônée par l’Etat turc et appellent au contraire cet Etat à s’enorgueillir de la richesse et de la diversité des peuples anatoliens ;
– demandent à nouveau à l’Etat turc de se réhabiliter en réhabilitant les victimes de ses exactions passées, en s’engageant sur la voie d’une reconnaissance politique de ces exactions et en mettant un terme à leur négation ou à leur glorification ;
– clament leur conviction que l’incapacité de la Turquie à progresser sur la voie de la démocratie, ainsi que l’état d’arriération économique et sociale de ses provinces orientales sont intimement liés à la guerre menée par cet Etat à l’encontre de ses propres ressortissants ;
– réaffirment leur engagement à continuer le combat politique afin que la Turquie reconnaisse, dénonce et se dissocie de ses crimes passés et présents ; afin de la transformer en un Etat démocratique et respectueux de ses minorités comme de ses forces démocratiques, unies dans la diversité.
– Bruxelles, le 13 novembre 2008

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