Critiques de Dogan Özgüden sur le négationnisme turc en Belgique
Belga: Des militants d’origine turque au côté de la communauté arménienne
Le comité belge des commémorations des victimes du génocide arménien de 1915 a lancé cette semaine un appel à la reconnaissance de ce génocide, réfuté par le gouvernement turc. Des associations d’origine turque figurent parmi la quinzaine d’organisations qui relaient cet appel en Belgique. Le rédacteur Dogan Özgüden déplore que les autorités belges demeurent frileuses à ce sujet, pour des raisons électorales. Le centenaire du génocide sera commémoré dans le monde vendredi, notamment à Bruxelles.
Le comité belge des commémorations des victimes du génocide arménien de 1915 est composé de la coordination belge du centenaire du génocide arménien, ainsi que des fédérations syriaque, kurde, yézidie ou alévie, mais aussi d’associations d’origine turque comme la confédération des ouvriers de Turquie en Europe ou la fondation Info-Türk.
Le rédacteur en chef du bulletin Info-Türk, Dogan Özgüden, déplore mercredi “n’avoir jamais entendu, de la part d’élus belges d’origine turque, de prise de position démocrate au sujet du génocide arménien et déviant de la ligne du gouvernement turc”.
L’appel porté par le comité belge regrette dans la même veine que “des négationnistes turcs occupent des postes clés dans les assemblées fédérales, communautaires, régionales et communales, en raison des considérations électorales de tous les partis politiques belges”.
Environ 160.000 personnes nées avec la nationalité turque résident en Belgique, dont trois-quarts ont acquis la nationalité belge ensuite, estimait en 2013 le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme. La communauté arménienne en Belgique est, quant à elle, estimée à 30.000 personnes, d’après le Comité des Arméniens de Belgique.
Cette communauté ne bénéficie pas de “la même bienveillance électorale” que la communauté d’origine turque, estime M. Özgüden. Il déplore que “les autorités belges, dans ces circonstances électorales, ne veulent pas intervenir dans l’injustice”. Le sénat belge a toutefois reconnu en 1998 le massacre arménien en tant que “génocide” dans une résolution invitant le gouvernement turc à emboîter le pas.
L’appel du comité des commémorations des victimes du génocide arménien sera relayé lors d’une manifestation à Bruxelles le 24 avril, le jour des commémorations du centenaire du génocide arménien. (Belga, Marie-Pauline Desset, 22 avril 2015)
Le Soir: La longue et difficile reconnaissance du génocide
En 1998, sur proposition du socialiste Philippe Mahoux, le Sénat votait une résolution dans laquelle il invitait «le gouvernement turc à reconnaître la réalité du génocide perpétré en 1915 par le dernier gouvernement de l’Empire ottoman.» Aujourd’hui, vu ce que sont devenues les attributions du Sénat, on jugerait cette position purement symbolique. Ce n’était pas le cas alors. Il n’en reste pas moins qu’à ce jour, l’État belge n’a pas reconnu le génocide arménien. La Belgique adopte un profil bas dans ce dossier. Sa position reste ambiguë, et pas seulement aux yeux des 30.000 membres de la communauté arménienne. Ce vendredi, jour anniversaire du centenaire du génocide, ses représentants demanderont aux autorités belges de pénaliser la négation du génocide, au même titre que celle de la Shoah.
Ce n’est pas gagné car, on l’a compris, notre pays a tendance à éviter soigneusement le sujet. Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), sera lundi en Arménie, mais une avancée majeure n’est pas attendue. A ce jour, la position des Affaires étrangères, qui ne sont évidemment pas liées par la résolution du Sénat, reste la suivante: encourager le rapprochement voire la réconciliation entre Ankara et Erevan et laisser historiens et juristes se prononcer sur la pertinence du mot « génocide ». « Il ne paraît pas opportun que le politique se substitue au pouvoir judiciaire », dit la diplomatie belge. Ce qui ne diffère pas énormément de la position des États-Unis ou de la Turquie…
L’appartenance de la Turquie musulmane au camp occidental explique évidemment la prudence de certains. Mais, en Belgique, d’aucuns pointent une autre explication: le poids électoral de la communauté turque dans certaines communes. Quand il était en politique chez Ecolo, irréprochable sur le dossier, Jean-Claude Defossé a tenté à plusieurs reprises de faire voter des résolutions condamnant la Turquie. «C’est impossible, peste-t-il. Le PS, aidé par le CDH, fait blocage pour ne pas indisposer l’électorat PS turc de Schaerbeek et Saint-Josse. Ce qui est insultant car cela laisserait penser que tous les Turcs sont des fascistes. »
Une thèse d’ailleurs corroborée par… des Turcs de Belgique. Dogan Özgüden, rédacteur en chef du bulletin Info-Türk, a ainsi déploré mercredi n’avoir «jamais entendu de la part d’élus belges d’origine turque de prise de position démocratique déviant de la ligne du gouvernement turc, d’autant que des négationnistes turcs occupent des postes clés en raison de considérations électorales : il y a 160.000 Turcs en Belgique et 30.000 Arméniens… »
Un site a d’ailleurs répertorié les élus ou candidats du PS (3), du MR (3), du CDH (1) ou du FDF (1) ayant assisté à des réunions ou tenu des propos qualifiés de « négationnistes». Interrogés par nos soins, ces partis marchent sur des œufs. Tous appellent à la «prudence» et à la «vigilance». Le MR adopte le discours des Affaires étrangères. Le PS et le CDH affirment que leur position est celle de « la réalité historique du génocide arménien ». Cela n’a pas empêché, mercredi, le PS de faire capoter l’idée d’une minute de silence au Parlement bruxellois afin, raconte La Libre, que « les députés socialistes d’origine turque n’aient pas à pratiquer une ostensible politique de la chaise vide ».
La position du PS est pourtant «une et indivisible», selon sa porte-parole. Façon de se démarquer de la position de certains de ses membres? Emir Kir, bourgmestre de Saint-Josse qui réfute le mot « génocide », avait été interpellé en 2004, quand il était ministre bruxellois. «Je n’ai pas changé d’avis depuis, mais je n’ai pas souhaité rouvrir cette discussion, répond-il aujourd’hui. Je reconnais les faits de 1915 et leur gravité, je trouve normal que la Turquie présente ses condoléances. Je ne suis pas négationniste mais le mot que vous utilisez doit être cautionné par des historiens et des juristes. Si vous voulez y voir une divergence de vue avec mon parti, libre à vous. Pour moi, il ne s’agit que d’une question sémantique. » Et de rappeler la proposition… du président turc Erdogan (alors premier ministre) en 2006 : une commission de l’ONU qui trancherait pour l’Histoire, piste restée lettre morte car d’aucuns y virent un enterrement de première classe. (Le Soir, JEAN-FRANÇOIS LAUWENS , 24 avril 2015)

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