Après les élections municipales certains messages donnés par le Président de la République de Turquie, Abdullah Gül, ont été perçus comme une préparation du terrain en faveur d’une ouverture politique vers une solution à la question kurde.

Suite aux déclarations d’Abdullah Gül, au mois de mai, le journaliste turc du quotidien Milliyet, Hasan Cemal, s’est rendu dans les montagnes de Kandil (Chaîne de montagnes située au Sud-est du Kurdistan turc qui marque la frontière avec les Kurdistan irakien et iranien), où il a eu un entretien avec le président du Conseil Exécutif du KCK Murat Karayilan. L’interview a été publiée dans le quotidien Milliyet et a largement touché l’opinion publique kurde et turque.

Dans l’interview, Murat Karayilan a réitéré les revendications des Kurdes en spécifiant qu’ils ne voulaient pas toucher à l’intégrité territoriale de la Turquie. Il a également confirmé la volonté du mouvement kurde d’arrêter la lutte armée. Il a attiré l’attention sur la nécessité d’entamer un dialogue entre les intellectuels turcs et kurdes qui pourront jouer un rôle essentiel dans cette perspective de trouver une solution à la question kurde.

Pendant la période qui a suivi la publication des articles de Hasan Cemal, beaucoup de discussions ont eu lieu en Turquie. La plupart des journalistes influents, ainsi que des organisations civiles ont pris une position en faveur d’une démarche constructive pour la résolution de la question kurde. Parmi les discutions il y a eu également des propositions en faveur d’un dialogue avec le mouvement kurde, dont le PKK et son fondateur Abdullah Ocalan.

Après cette période de discutions, le gouvernement d’AKP s’est lancé dans la conception d’un projet en vue de résoudre la question kurde. C’était le premier pas sérieux effectué par l’AKP pour chercher une solution depuis son arrivée au pouvoir en 2002.

De son côté, le mouvement kurde, (KCK) a aussi participé au processus en déclarant un cessez-le-feu entre le 13 avril et 1er juin. Avant la fin de cette date, à la demande de divers milieux kurdes et turcs, le cessez-le-feu a été prorogé par le KCK jusqu’au 1er septembre 2009. Le même cessez-le-feu continue toujours.

Malgré tous ces efforts du mouvement kurde, les opérations policières et militaires ont visé d’une part à éradiquer le mouvement politique du peuple kurde,  d’autre part à relancer les affrontements contre la guérilla. La répression contre les manifestations populaires, et notamment celle des enfants, organisées pour protester contre les attaques perpétrées par l’État a été sans précédent et n’a connu aucune limite, ni juridique ni éthique.

Dans ce processus important, les dirigeants de la République de Turquie et le gouvernement d’AKP, avec l’opposition doivent prendre leurs responsabilités politiques dans la résolution de ce problème qui est le plus important de la Turquie, et définir clairement leur position. Car la situation est actuellement très tendue, elle ne peut laisser planer le moindre doute quant à sa dangerosité. Chaque partie, à commencer par le gouvernement d’AKP, doit prendre ses responsabilités historiques. Dans ce processus l’Union européenne doit aussi prendre ses responsabilités en charge. La démocratisation de la Turquie enrichira les valeurs démocratiques de l’UE.

Après la prolongation du cessez-le feu par le mouvement kurde, des signaux encourageants ont été donnés par les dirigeants du gouvernement turc et par le Président de la République. Alors que les discussions étaient sur le point de véritablement s’engager, le 29 juillet 2009 et le 30 Août, le Ministre de l’Intérieur, Beşir Atalay, a donné deux conférences de presse. Beaucoup de milieux kurdes et turcs espéraient y trouver des déclarations concrètes, mais cela n’a pas été le cas, le Ministre Atalay, dans les deux conférences, a tout simplement déclaré que le gouvernement considérait la question kurde comme un  problème majeur qu’il fallait résoudre à tout prix et qu’il s’agissait d’un devoir prioritaire aux yeux du gouvernement. Il a également déclaré que le gouvernement était en train de préparer un projet en vue de trouver une solution.

Bien que le langage du Ministre Beşir Atalay ait été similaire au discours utilisé depuis longtemps par les dirigeants gouvernementaux, il a été beaucoup plus modéré et raisonnable que ceux que nous avons entendus de la part des autorités turques dans le passé. Il a également déclaré que toutes les propositions faites par divers milieux qu’ils soient  intellectuels, politiques ou autres seraient prises en considération par le gouvernement.

Une semaine après la première conférence de presse, soit le 4 août 2009, une rencontre a eu lieu entre le Premier ministre Tayyip Erdogan et les deux co-présidents du DTP, Ahmet Türk et Emine Ayna. C’était la première rencontre officielle entre le gouvernement d’AKP et le parti kurde DTP. Il faut rappeler que, malgré de nombreuses demandes faites par le DTP, depuis le 22 juillet 2007, pour  rencontrer le Premier ministre, celui-ci n’a jamais accédé à leur proposition. Dans ce processus où des discussions étaient enfin entamées pour trouver une solution à la question kurde, cette invitation a donné de l’espoir aux milieux kurdes et turcs qui espèrent qu’une solution démocratique à la question kurde soit enfin trouvée.

Malgré l’ouverture d’une atmosphère politique plus positive en Turquie, il est impossible, actuellement, de prévoir si le processus entamé va conduire le pays vers un avenir de paix et de prospérité.  Care le 11 septembre une vingtaine de dirigeants de DTP ont été arrêtés à Diyarbakir. Donc, depuis le 14 avril plus des centaines de dirigeants et membres du DTP sont arrêtés et emprisonnés.

Contre tous ce qui ce passe dans ce pays, mon souhait et celui de tous les Kurdes est que le pays avance vers une solution, acceptable par tous, à la question kurde, ce qui serait un pas décisif vers une véritable démocratisation de la Turquie.

13.09.2009

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