Dogan Özgüden, un des rares journalistes démocratiques et dignes de foi de la presse turque est menacé par la presse ultranationaliste de Turquie. Cette " presse " est téléguidée par les autorités étatiques turques. Ce sont surtout l’Ambassade de Turquie et la presse turque pro-gouvernementale en Belgique qui agressent M. Dogan Özgüden de façon intolérable.

On se trouve devant une campagne de haine complètement diffamatoire et indubitablement orchestrée par des forces obscures.

M. Özgüden est non seulement attaqué dans sa fonction de journaliste mais également dans sa personne, il est devenu la cible du nationalisme turc extrémiste.

En coordination avec les organisations représentant les minorités de Turquie qui subissent l’oppression, nous lançons un appel aux autorités belges et à la presse démocratique de Belgique afin qu’elles prennent position.

Il faut absolument réagir fermement et obtenir que s’arrêtent les continuelles attaques des autorités turques et de la presse qui les représente dans notre pays.

C’est à la suite du putsch militaire de l’armée turque en 1971 que M. Özgüden a dû quitter la Turquie et s’est installé à Bruxelles. Il y a fondé l’agence d’information Info-Türk (http://www.Info-turk.be) qui dénonce sans relâche le véritable visage politique de la Turquie.

Contrairement à la presse turque inféodée, il a toujours traité de façon impartiale l’actualité turque et l’action de ses gouvernements. Courageusement, il n’a pas craint de parler de l’oppression subie par les Kurdes, les Arméniens et les Assyro-Chaldéens ainsi que d’autres minorités.

En Belgique, il participe et assiste à toutes les conférences qui s’efforcent de faire connaître la situation réelle sur le plan des droits de l’homme en Turquie. Cette activité qu’il poursuit inlassablement depuis des années en a fait la cible privilégiée des autorités turques.

Alors qu’en Turquie, une cinquantaine de procès sont engagés contre lui, il vient d’être reconnu par l’Association des journalistes de Turquie (TGC) et remercié pour son travail journalistique de qualité.

Cette reconnaissance pour la qualité de son travail a provoqué une augmentation de l’agressivité de  tous les éléments ultranationalistes turcs. La violence des attaques qu’il subit est liée à un ensemble de circonstances. Non seulement son travail journalistique quotidien est considéré par l’Etat turc comme une véritable agression mais les récentes déclarations de M. Özgüden contre l’ultranationalisme ont été très mal acceptées.

Récemment, l’ambassadeur de Turquie en Belgique Fuat Tanlay et le ministre turc Vecdi Gonul, lors d’une cérémonie à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Mustafa Kemal Ataturk, ont fait des déclarations que l’on peut qualifier de scandaleuses. Dans un communiqué du 11 novembre, M. Özgüden a relevé deux points qu’il a durement critiqués:

1. Le ministre turc de la Défense, Vecdi Gonul, a fait l’éloge de la décision de déporter les Grecs et les Arméniens au début du siècle passé qui a permis l’unification de peuple turc. Il a affirmé que la création d’une nation turque aurait été possible grâce à cette politique ordonnée par Atatürk.
2. L’ambassadeur de Turquie, Fuat Tanlay, a cité un poème haineux qui est une louange au drapeau turc: " Je vais creuser la tombe de ceux qui ne te considèrent pas avec les mêmes yeux que moi. Je vais détruire le nid de ceux qui ne te saluent pas. "

Le 13 novembre 2008, le site Gündem, en citant l’entièreté de la dépêche d’Info-Türk, l’a attaqué dans les termes suivants:: " Comme vous le voyez, les ennemis des Turcs ne dorment pas. Selon eux, la reconnaissance de nos chefs et un hommage rendu à leurs actions qui est la base de notre fidélité et de notre fierté liées à notre histoire est à condamner. Ce n’est pas difficile de comprendre qu’ils n’ont aucune sympathie pour notre peuple et notre patrie. "

Info-Türk a envoyé un communiqué commun avec la Fédération Euro-Arménienne, l’Institut Kurde de Bruxelles, l’Association des Arméniens démocrates de Belgique, et l’association des Assyro-Chaldéens de Belgique, dont le titre est: " Cette Turquie, cela suffit ".

Il demandait un changement radical du comportement de l’Etat turc vis-à-vis de ses minorités et de ses concitoyens. Le communiqué a été diffusé lors d’une conférence réalisée en mémoire du massacre de 1937-1938 du peuple kurde de Dersim, massacre perpétué par l’armée turque.

Ce 14 novembre, le site Beltürk a condamné la lettre de remerciement que M. Özgüden a reçue de l’Association des Journalistes de Turquie (TGC) pour services rendus. Il attaque dans des termes intolérables: "On connaît toujours l’hostilité des associations arméniennes, assyriennes et kurdes contre la Turquie. Dans une autre facette de cette hostilité se trouvent Info-Türk et son éditeur Dogan Özgüden. Alors que les membres de l’Association des Journalistes de Turquie déploraient dans leurs journaux cette sorte de conférence anti-Turquie, le fait d’avoir envoyé une lettre de remerciements à Dogan Özgüden, organisateur de ces choses-là, fait preuve du soutien à l’hostilité contre la Turquie par la même institution."

Le 24 novembre, Beltürk a à nouveau attaqué ouvertement M. Özgüden dans un autre article dont le titre est très évocateur : " Le scandale du prix de l’Association des Journalistes. " Cette attaque se résume comme suit: "Ce document portant la signature du président Orhan Erinç et le secrétaire général Celal Toprak à été envoyé par courrier à Dogan Özgüden qui vit en Belgique et ne se rend pas à la justice turque depuis 37 ans. (…) Özgüden se trouve parmi les défenseurs principaux de la thèse de soi disant ‘génocide arménien’. Il affirme que la Turquie aurait commis le génocide des Arméniens, Kurdes et Assyriens. Un des récents ‘services distingués’ de cet avant-garde du lobby anti-turc est la ‘Conférence de Dersim’ tenue récemment.

"Il a fondé en 1967 la revue socialiste Ant et les éditions Ant. Fuyant la Turquie  et installé en Belgique après la révolution  [coup d’état – ndlt] de 1971, il a organisé ‘la Résistance démocratique de Turquie’ et lancé des campagnes contre les forces armées turques. Connu en Belgique pour ses activités hostiles à la Turquie, Ozgüden a mené l’organisation de plusieurs conférences sur ‘le génocide’. "

Dans le même article, on évoque également le lynchage d’un journaliste dissident en 1922: "Dans les années de lutte nationale, le journaliste Ali Kemal a été tué par lynchage car il avait demandé l’exécution de Mustafa Kemal Atatürk. En 2000, le nom de ce journaliste a été cité dans la liste des ‘journalistes martyres’ établie par l’Association des Journalistes de Turquie. (…) Après la victoire de la lutte nationale, Ali Kemal a été arrêté le 6 novembre 1922 à Istanbul et tué à Izmit par lynchage sur le chemin d’Ankara".

Ragip Zarakolu, journaliste/éditeur et spécialiste de l’histoire de la répression des minorités en Turquie, affirme que la pendaison d’Ali Kemal n’est pas liée à son attitude anti-kémaliste mais à son engagement à poursuivre les responsables du génocide arménien toujours nié par l’État turc. Il faut savoir que plusieurs opposants au mouvement kémaliste ont fini par se retrouver dans l’appareil étatique à condition qu’ils se taisent en ce qui concerne la liquidation des minorités anatoliennes.

Rappelons un exemple frappant de cette politique de déni, à savoir l’assassinat en 2006 du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, provoqué par des articles séditieux et des appels à la haine.

Il est clair que Beltürk, bras armé de la presse kémaliste en Belgique et l’organisation " La pensée d’Atatürk " veulent la tête d’Özgüden.

L’auteur de l’article dans Beltürk affirme avoir pris contact avec l’Association des Journalistes de Turquie (TGC) afin d’exercer une pression sur celle-ci. Il accuse la TGC d’avoir remercié un journaliste contre lequel il y a quelques 50 procès et un mandat d’arrestation en Turquie.

Dogan Özgüden a déposé une plainte officielle dans la mesure où il est menacé de lynchage.

Il est incroyable, alors que toutes les forces démocratiques s’unissent pour que soit annulé l’article 301 qui bride la liberté d’expression, on continue à menacer un journaliste qui se trouve depuis des années sous la menace d’arrestation selon cet article pour avoir critiqué les putschistes du coup d’état de 1971.

Nos associations demandent aux autorités belges de prendre d’urgence des mesures afin d’interdire sur son territoire cette sorte de pression et même de menaces émanant des autorités turques et d’une presse qui se targue de les représenter en Belgique. Il est inacceptable qu’en Belgique, la liberté d’expression représentée par un journaliste tel que M. Dogan Özgüden qui défend la démocratie soit attaquée et même menacée.

Nous nous déclarons solidaires avec M. Dogan Özgüden dont nous apprécions le courage et la correction journalistique.

Institut Kurde de Bruxelles
Association des Arméniens Démocrates de Belgique
Associations des Assyriens de Belgique

Bruxelles, 01.12.2008

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