Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a entamé le dimanche une tournée de trois jours fort médiatisée en Belgique pour tenter de dynamiser le processus d’adhésion turque à l’Union européenne d’une part, et d’autre part, pour mobiliser les immigrés turcs de Belgique et des pays voisins autour de la ligne politique de son gouvernement.

L’ambassade de Turquie et les médias turcs avaient déjà lancé une campagne de propagande sous le slogan "Grand rassemblement: Le leader de Turquie, notre premier ministre R. Tayyip Erdogan dans la capitale de l’Europe".

Environ 10.000 Turcs provenant de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne s’étaient rassemblés à Hasselt pour écouter le discours d’Erdogan, "dont la popularité est grande au sein de la communauté turque" selon une dépêche de l’agence Belga, rédigée de manière de faire plaisir au lobby turc. " Selon les représentants de cette communauté, les Turcs ont une immense confiance en l’homme qui a apporté une stabilité à la Turquie," elle disait.

Quant à la RTBF, elle n’a pas hésité de qualifier Erdogan "super star" en interviewant seulement un admirateur turc d’Erdogan après le passage des images du rassemblement à Hasselt.

Les médias belges online ont mis accent avec appréciation sur ses propos à l’égard de l’intégration tout en charcutant une partie de son message.

Dans son discours diffusé en direct de Hasselt par la télévision de l’Etat (TRT), Erdogan a appelé les Turcs à s’intégrer le mieux possible parce que "l’intégration rend heureux", tout en insistant de ne pas s’assimiler et de ne pas oublier les racines et la langue Turcs. Etrangement, cette dernière partie de l’appel a été ignorée dans les dépêches diffusées par les médias belges.

La racine turque était également l’objet de l’intervention d’un autre dirigeant politique turc qui accompagne Erdogan lors de cet voyage. Le président de la Commission parlementaire d’adaptation à l’Union européenne, M. Yasar Yakis, s’est adressé aux Turcs rassemblés à Hasselt en utilisant les mots propres aux ultranationalistes: "Mes frères de race!"

Lors de son entretien avec les représentants des associations turques en Belgique après le rassemblement, Erdogan a répété son opposition à l’assimilation des ses compatriotes dans les pays européens en ces termes: "Je n’accepte pas l’assimilation en Europe car nous ne la considérons pas comme un droit pour nous dans notre pays. Les minorités dans mon pays ont le droit de garder leurs convictions et cultures dans l’entièreté. Je déclare sans équivoque ici: L’assimilation est un crime contre l’humanité!"

Le même argument a été soulevé par Erdogan également dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Il a critiqué les dirigeants mondiaux pour avoir exclu le Hamas du processus de paix et dit que l’Ouest était "responsable de cette situation". "Vous acceptez Hamas ou non, c’est un choix. Mais ils ont fondé un parti politique et venus au pouvoir par l’élection. Si vous ne l’aimez pas, est-ce possible de le changer par le tir de cannons?" a-t-il dit.

Lors d’un colloque organisé lundi matin à Bruxelles par le centre de réflexion European Policy Center, il persiste: "Le Hamas a largement remporté les élections dans la bande de Gaza en juin 2007. Si nous voulons faire progresser la démocratie dans cette région, nous devrions respecter la décision des gens qui se sont rendus aux urnes. Voulons-nous d’une démocratie ou d’une démocratie encadrée? Nous plaidons en faveur de la démocratie mais dans le même temps, nous ne respectons pas le choix des gens."

Toutefois, le discours d’Erdogan contre l’assimilation et l’exclusion n’a aucune concordance avec la pratique de son gouvernement en Turquie:

– L’assimilation reste toujours une des lignes rouges de l’Etat turc même sous le gouvernement d’Erdogan. La population kurde de ce pays souffre toujours des pratiques répressives de l’Etat sur le plan identitaire, culturel et éducatif; les minorités arméniennes, assyriennes et grecques sont soumis continuellement à l’harcèlement concernant leurs droits reconnus par les traités et conventions internationales.

– Alors que le parti pour une société démocratique (DTP), représentant politique du peuple kurde, est entré au parlement par l’élection, c’est le premier ministre Erdogan qui refuse toujours un dialogue avec les dirigeants de ce parti. Encouragé de cette position d’Erdogan conforme aux exigences des militaires, la police, la gendarmerie et la justice harcèlent et répriment continuellement les dirigeants et élus de ce parti ainsi que les défenseurs des droits du peuple kurde.

– Quant à ses critiques à l’égard de l’utilisation de la force à Gaza, bien qu’elles soient entièrement justifiées, comment explique-t-il l’utilisation de la force contre le peuple kurde en Turquie et même au Kurdistan irakien sous prétexte de combattre le PKK, une autre organisation qui figure avec Hamas sur la même liste d’organisation terroristes imposée par les USA?

Si l’assimilation est un crime contre l’humanité, l’Etat turc qui est dirigé actuellement par Erdogan lui-même commet ce crime sans cesse depuis des décennies.

Juste au 2ème anniversaire de l’assassinat du journaliste Hrant Dink, nous attirons l’attention des médias et politiciens belges et européens sur deux documents très actuels pour saisir la réalité anatolienne, occultée par Erdogan:

  1) Une justice sans faille pour Hrant Dink et pour toutes les victimes du fascisme
2) Ismail Besikçi: "L’Europe soumise aux critères d’Ankara"

Enfin, lors de son entretien avec les représentants des associations turques, suivant la tradition d’ingérence de l’Etat turc dans la vie politique belge,  Erdogan n’a pas oublié de donner injonction à la communauté turque concernant les élections régionales et européennes qui approchent. En rappelant qu’en Belgique il y a environ 100 mille électeurs d’origine turque, il les a appelés à réagir tout ensemble et uni afin d’assurer un succès encore plus grand dans l’élection des candidats d’origine turque, bien entendu pour renforcer le lobby turc contre les revendications légitimes des peuples opprimés d’Anatolie et des opposants du régime répressif d’Ankara.

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