Dans leur grande majorité, les Kurdes qui vivent en Europe ont fui leur terre natale pour chercher asile dans les pays de l’Union européenne. Parmi ces réfugiés politiques, il y en a qui ont été condamnés à des dizaines d’années de prison en Turquie. Malgré les années et le fait que le monde change, la situation du peuple kurde ne s’améliore pas vraiment et ce même en Europe. Pourtant, nous affirmons que vu l’ouverture des négociations entre la Turquie et l’UE, les Kurdes vivant en Europe et faisant partie de l’Union européenne devraient être considérés comme des citoyens à part entière et donc être respectés. Cela devrait être une réalité indéniable qui semble mise à mal en France, en Allemagne et même récemment en Espagne.

Selon les normes démocratiques, la situation des Kurdes est insupportable quand on regarde ce qui se passe en Turquie, il est difficile de croire que ce pays a entamé un processus de négociation en vue d’une adhésion à l’Union Européenne, de plus, depuis quelques mois on assiste à une recrudescence des vagues d’arrestations menées contre les acteurs civils et politiques kurdes. Après les élections régionales, il y a eu plus d’un millier d’interpellations contre les dirigeants élus du DTP (Parti pour une Société Démocratique) et des membres du syndicat KESK (Syndicats des Travailleurs de la Fonction Publique), tous victimes d’arrestations arbitraires.

Malgré ce qui se passe au Kurdistan de Turquie, il est difficile de comprendre la répression européenne et surtout celle de la France contre des Kurdes établis sur son territoire! Les autorités françaises arrêtent des hommes politiques kurdes qui militent pour la défense des droits de leur peuple. Nous savons que depuis ces dernières années la diplomatie turque a demandé aux autorités françaises et aussi européennes de limiter les activités politiques des Kurdes en Europe, c’est d’autant plus regrettable que ces Kurdes sont des réfugiés politiques. 

Les États membres de l’UE dans leur ensemble ne se préoccupent guère des droits des Kurdes en Turquie. La collaboration entre eux et la Turquie continue de façon régulière sans le moindre état d’âme et cela permet aux autorités turques d’étouffer les revendications légitimes du peuple kurde. Pour ne pas trop déplaire à la Turquie, la France et l’Allemagne, mènent des opérations de grande envergure contre les intellectuels et les hommes politiques kurdes qui se sont réfugiés chez eux. En Allemagne et en France, c’est devenu quotidien et la police perquisitionne les locaux associatifs des Kurdes. Actuellement il y a une dizaine de Kurdes, dont des intellectuels et des politiciens dans les prisons de ces pays.

Ces derniers mois, nous remarquons qu’en France les arrestations dans les milieux culturels, associatifs et politiques kurdes se font de plus en plus fréquentes. À Marseille, à Bordeaux et à Paris, l’atmosphère est devenue angoissante pour les Kurdes. Les dirigeants des associations kurdes se sentent en danger alors que leur sécurité devrait être assurée dans un pays dont la Liberté, l’Égalité et la Fraternité sont les symboles affirmés. Au début du mois de juin, sept Kurdes ont été interpellés par la police dans ces trois villes sus-mentionnées. Actuellement, cinq d’entre eux se trouvent toujours en garde à vue, dont un l’un est réfugié politique en Italie et l’autre est réfugié politique en Suisse. Il est inacceptable d’accepter que cette opération ait été faite dans le cadre de la législation anti-terroriste. Les Kurdes ne sont pas des terroristes, ils sont victimes du terrorisme d’État qui règne en Turquie.

L’approche paradoxale des autorités françaises

L’approche du gouvernement français est assez paradoxale en ce qui concerne l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. D’une part, il se déclare opposé à cette adhésion, d’autre part  il donne un coup de main à ce pays dans sa lutte injuste contre le peuple kurde. De plus, il est évident que, si la question kurde n’est pas résolue, la Turquie ne pourra pas prétendre avoir réalisé des progrès démocratiques suffisants selon les critères de l’Union européenne. Cette approche française nous permet de supposer que la France ne veut pas que la Turquie se démocratise pour ainsi pouvoir justifier son refus à l’adhésion. On pourrait donc en conclure que la politique française, dans cette affaire, a accompli un geste vis-à-vis de la Turquie pour éviter une fracture avec le pouvoir turc ce qui serait préjudiciable pour les relations économiques qu’elle entretient avec ce pays.

Les Kurdes ont déjà répété à plusieurs reprises qu’il est vital que les pays de l’Union européenne soutiennent leurs efforts dans le but de trouver une solution pacifique à la question kurde. Au lieu d’encourager les milieux démocratiques turcs à poursuivre les avancées entamées, il est évident que mener des opérations contre les Kurdes dans certains États de l’U.E., c’est faire le jeu des ultra-nationalistes et faire croire que les valeurs européennes ne doivent pas toujours être respectées.

Dans le cadre du processus d’adhésion,  il est important d’inciter la Turquie à saisir la main tendue des Kurdes et de négocier ensemble une solution à ce conflit.

Dans cette optique, il faut souligner un paragraphe de l’article du journaliste turc Ahmet Altan, paru dans le journal Taraf le 06 juin dernier ; « La question kurde est celle de l’usurpation des droits de quinze millions d’individus. Tant que la reconnaissance des droits des Kurdes dépendra de la puissance turque, cette question continuera d’exister.

Nous devons créer un État où l’attribution des droits des uns ne dépend pas des autres et où le droit de chacun doit être garanti par une conciliation populaire. Le chef d’état- major de l’armée (Ilker Basbug) déclare que «les droits culturels des Kurdes peuvent être reconnus, mais, à titre individuel». Il rejette une politique kurde. Il ne peut pas et ne doit pas faire de telles déclarations. Dans un pays normalement constitué et démocratique, les citoyens répondraient à un tel général en lui disant «en quoi cela vous regarde-t-il, vous êtes militaire, exercez votre fonction de soldat , la politique n’est pas votre affaire».

16.06.2009

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