Le pouvoir islamiste invoque un article de la charte de l’Otan qui prévoit des consultations lorsqu’un des alliés se sent menacé. Il voudrait aussi porter l’affaire devant le conseil de sécurité de l’ONU. Or, même jour, des avions de l’armée turque bombardaient le territoire de l’Irak, un autre voisin du sud.
Les versions de Damas et d’Ankara divergent.

Ankara admet que son avion de reconnaissance est bien entré  brièvement dans l’espace aérien syrien, mais qu’il a été abattu dans l’espace international. La Turquie a remis une note de protestation officielle à la Syrie dénonçant cet incident grave, qualifié d’"éhonté" et "inacceptable" par la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton qui a promis de travailler avec Ankara sur une réaction appropriée.

Le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères, Jihad Makdessi, a déclaré que l’avion turc avait été abattu "à l’intérieur de l’espace aérien syrien", et qu’il s’agissait "d’un incident et non d’une agression", Damas n’ayant fait qu’exercer son "droit de défense".

Le F-4 Phantom turc abattu vendredi testait la défense antiaérienne syrienne pour le compte de l’Otan et sa destruction a montré l’efficacité des systèmes russes dont est équipée la Syrie, estimaient  des experts spécialisés russes cités lundi par l’agence d’Etat Ria Novosti.

Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a reconnu dimanche que l’avion de type F4 Phantom était entré momentanément dans l’espace aérien syrien, mais il a affirmé qu’il avait ensuite été abattu sans avertissement préalable par les Syriens alors qu’il se trouvait de nouveau dans l’espace aérien international, à 13 milles nautiques des côtes de Syrie. L’appareil serait alors tombé dans les eaux syriennes.

Davutoglu a prévenu Damas que "personne ne peut se permettre de mettre à l’épreuve les capacités (militaires) de la Turquie", précisant toutefois que l’option militaire n’était pas d’actualité pour riposter.

La crise syrienne sera aussi évoquée aujourd’hui à Luxembourg lors d’une réunion des ministres européens des affaires étrangères. Il est question  d’un nouveau train de sanctions.

L’Iran, allié de Damas, a demandé à la Turquie et à la Syrie de faire preuve de "retenue" tandis que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et le chef de la diplomatie britannique William Hague ont fait part de leur "profonde préoccupation". L’Organisation de coopération islamique (OCI), s’est inquiétée des répercussions de l’incident sur "la sécurité et la stabilité régionales".

Alors que le pouvoir islamiste d’Ankara affirmé que la sécurité de son pays aurait été menacé par son voisin du sud, des avions de l’armée turque a bombardé dimanche le territoire de l’Irak, un autre voisin du sud.

Il s’agit d’une deuxième série de raids aériens turcs après l’attaque par des membres du PKK d’un poste de l’armée mardi dernier dans la province de Hakkari, près de la frontière avec l’Irak.

Les combats entre soldats turcs et rebelles lors de cette attaque du PKK avaient fait plus de 30 morts.

"Neuf cibles appartenant à l’organisation terroriste séparatiste basée de l’autre côté de la frontière au nord de l’Irak ont été frappées, du 22 au 24 juin, par les avions de l’armée de l’air turque", a déclaré l’état-major dans un communiqué publié sur son site internet.

L’Otan confirme une réunion mardi sur l’avion turc abattu par la Syrie

L’Otan a confirmé dimanche qu’une réunion du Conseil de l’Atlantique nord se tiendra mardi à Bruxelles à la demande de la Turquie après qu’un de ses avions de chasse a été abattu vendredi par la Syrie en Méditerranée.

"Le Conseil de l’Atlantique nord se réunira mardi à la demande de la Turquie", a indiqué la porte-parole de l’Otan, Oana Lungescu.

"Nous prévoyons que la Turquie fera une présentation sur ce récent incident" devant les ambassadeurs des 27 autres pays membres de l’Alliance atlantique, a-t-elle précisé.

Une source diplomatique turque avait indiqué dimanche à Ankara que la Turquie réclamait cette réunion urgente, qui se tiendra au siège de l’Otan à Bruxelles.

Mme Lungescu a précisé que la Turquie avait pour cela invoqué "l’article 4 du traité" fondateur de lAlliance atlantique. Celui-ci stipule que "les parties se consulteront chaque fois que, de lavis de lune d’elles, lintégrité territoriale, lindépendance politique ou la sécurité de lune des parties sera menacée".

Depuis le début de la crise en Syrie, l’Otan a toujours affirmé qu’elle n’avait nullement l’intention d’intervenir militairement dans ce pays.

"Une intervention militaire étrangère n’est pas la bonne voie pour la Syrie", a déclaré son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen le 13 juin en Australie.

Pour les responsables de l’alliance occidentale, les conditions qui avaient été établies en 2011 pour intervenir en Libye ne sont pas réunies pour la Syrie.

L’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Otan, Ivo Daalder, a ainsi récemment expliqué qu’il n’existait "pas de base internationale légale" à une intervention, sous la forme d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. De plus, "il n’existe pas d’appels au sein de la région ou de l’opposition syrienne pour une intervention militaire de l’Otan", avait-il ajouté.

L’article 4 est l’un des 14 articles du Traité de l’Atlantique Nord, plus connu sous le nom de Traité de Washington, qui avait été signé dans cette ville le 4 avril 1949 pour poser les fondements de l’Otan.

L’article considéré comme le plus important est le cinquième, qui se réfère au droit à la légitime défense collective et stipule quune attaque armée contre lun ou plusieurs des membres de lOtan sera considérée comme une attaque dirigée contre eux tous. LOtan a invoqué larticle 5 une seule fois dans son histoire, à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

 

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