Leyla Zana, lauréate du prix des droits de l’Homme de l’IHD
Le 10 janvier 2009, le directeur de l’association des droits de l’Homme d’Amed (IHD), Muharrem Erbey, a attribué le prix des droits de l’Homme 2008 à Leyla Zana, ancienne député du DEP arrêtée et condamnée à 15 ans de prison en 1994 pour avoir prononcer quelques mots en kurde au sein de l’assemblée nationale turque et lauréate du prix Sakharov en 1995. Un "prix pour la liberté de l’esprit", du nom du scientifique et dissident soviétique Andrei Sakharov, créé en 1988 par le Parlement européen pour honorer les personnes ou les organisations qui ont marqué de leur empreinte le combat en faveur des Droits de l’Homme et pour la défense des libertés.
La cérémonie était organisée au Théâtre de la mairie de Büyüksehir en présence des députées membres du DTP; Gülten Kisanak, Aysel Tugluk, Fatma Kurtalan, Sevahir Bayindir, Ayla Akat, Sabahat Tuncel ainsi que le maire d’Amed également membre du DTP, Mr Osman Baydemir. Rappelant le rôle important tenu par Leyla Zana dans la création de l’association des droits de l’homme d’Amed, Mr Muharrem Erbey s’est dit honoré d’attribuer le prix à Mme Zana. C’est avec émotion que l’ancienne députée du DEP s’est vue recevoir le prix.
A la réception du prix, Leyla Zana a dit croire en la nécessité de dénoncer l’injustice, d’où qu’elle soit et d’où qu’elle vienne. "L’injustice, l’oppression, l’exploitation d’où qu’elles viennent- de l’intérieur, de l’extérieure et peu importe le peuple duquel elles viennent- sont fascismes. Garder son silence dans ce genre de situation, c’est approuver. Je me suis toujours promise de lutter contre l’oppression et la tyrannie, peu importe de qui elles émanent. C’est une promesse érigée en une véritable ligne de conduite. Dans les années 1988, il n’y avait dans cette région personne à qui raconter, expliquer ces problèmes, ces peines. Nos penseurs ont toujours été déportés, exilés. Ceux-là étaient arrêtés ou chassés de la région. Ceux qui sont restés, de peur, ne réagissaient pas. Nous sommes finalement nos propres pionners. L’IHD a été crée par quelques personnes seulement et à l’époque il n’était même pas possible de trouver un(e) secrétaire. J’accepte ce prix au nom de tous ceux qui sont en prison et au nom des mères dont les enfants sont martyrs" a déclaré Leyla Zana.
"Il y a une différence entre le Kurdistan et la Palestine"
Faisant mention de la dignité du peuple kurde, Leyla Zana a expliqué que ce jour lui était très important mais qu’il lui était assez difficile de "savourer" la chose lorsque l’odeur du sang émane, que les morts et les cris des enfants s’inscrivent dans les pensées la nuit. " Je suis certaine que les évènements qui ont lieu en ce début de l’année entre la Palestine et Israël sont dans les esprits de tout à chacun. Ni le peuple palestinien, ni le peuple israélite ne méritent toute cette tragédie. Je pense que l’Etat d’Israël peut mettre un terme à cette guerre. J’ai lu hier dans le journal le Premier ministre isréalien déclarer que les pays arabes voulaient eux aussi qu’il termine tout le travail. Moi je dis que le peuple israélien doit mettre un terme à tous ces jeux […]. Ni les Etats-unis, ni les pays européens ne pourront arrêter cette guerre. Seul les peuples palestiniens et isréaliens pourront le faire. Ces deux peuples doivent, main dans la main, dénouer tous ces jeux et mettre un terme à cette guerre".
Leyla Zana a dénoncé la guerre qui a lieu au Kurdistan et en Palestine tout en expliquant que ce sont là deux cas différents. " Le peuple kurde n’a jamais déclaré vouloir effacer la Turquie de la carte, chasser les Turcs ou détruire ce pays. Les Kurdes ont toujours proné, défendu une vie commune dans la paix et la liberté. Le différent qui oppose la Palestine et Israël résulte du comportement des pays arabes qui ne veulent pas reconnaitre l’existence d’Israël et du comportement d’Israël qui veut tout imposer par la force. Le problème ne se résoudra pas de cette manière. C’est pourquoi nous sommes différent d’eux. Nous, nous n’avons jamais dit que nous voulions détruire, supprimer, anéantir. Nous, nous voulons simplement vivre. C’est ce que veulent tous les Kurdes. Vivre ensemble, en toute dignité, avec notre identité. Nous n’acceptons donc pas le parallèle fait encotre notre cas et le leur".
"Par la création d’une chaîne kurde, la Turquie paye l’intérêt de sa dette"
Au sujet de TRT 6, Leyla Zana a expliqué qu’il ne fallait ni trop s’énerver, ni trop s’émouvoir de l’existence de cette chaîne. "Il est vrai, la diffusion se fait en langue kurde. Mais cette chaîne n’est pas venue pour la région du Kurdistan. Près de 15-16 millions de Kurdes vivent sur cette terre. Près de 5 millions de ces Kurdes sont assimilés et ne connaissent pas la langue kurde. L’Etat ne fait que payer l’intérêt de sa dette. L’Etat a crée cette chaîne pour les Kurdes assimilés, pas pour nous. Nous n’avons pas besoin de leur chaîne. Nous avons déjà nos propres chaînes. Il n’est pas non plus besoin de se fâcher pour cette chaine. Parce qu’elle a été créée pour les 5 millions de Kurdes assimilés. Je pense que ces Kurdes ont accepté l’assimilation par leurs propres volontés. Ils ont pu accepté l’assimilation par peur ou pour préserver leurs intérêts. Et c’est l’Etat turc lui même qui devrait avoir honte de savoir que 5 millions de Kurdes ne connaissent pas leur langue. Il faudrait que nous apprenions à nous décharger de ce sentiment de honte. Les Kurdes ont beaucoup à réclamer et obtenir de l’Etat. L’Etat doit payer sa dette aux Kurdes. Aujourd’hui, il ne fait que payer l’intérêt. C’est pourquoi il conviendrait de ne pas trop s’émouvoir ni de trop s’énerver. Ceux qui se satisfont de l’existence de la chaîne sont ceux qui ont oublié leur langue". a-t-elle déclaré.
"Je mourrais sur ces terres"
Au sujet de la récente condamnation, Leyla Zana répond: "On me demande si je vais m’exiler pour échapper à la condamnation. Un des professeurs actuellement inculpé et soupçonné d’appartenance au réseau Ergenekon disait à mon propos "qu’elle s’en aille, elle n’est d’aucune utilité pour le peuple turc et kurde". L’auteur de ces propos était autrefois un de nos amis. Moi, je resterais sur mes terres. Je serais à côté de mon peuple. Je respecterais la promesse faite à mon peuple jusqu’à mon dernier souffle. Je le dis depuis longtemps déjà, même morte je serais à côté de mon peuple. Je mourrais sur cette terre".
Source: Kurdistan post
Note: Le procureur à décidé de faire appel auprès de la cour de cassation de la condamnation, jugée trop faible, de Leyla Zana qui s’était vue infliger d’une peine à 10 années de prison pour appartenance à une organisation interdite en raison de 9 discours prononcés durant la même année à Diyarbakir, Batman, Bingöl et devant le Parlement Européen. Le procureur demande 5 ans d’emprisonnement par discours prononcé, soit 45 ans de prison. Nous venons d’apprendre que le procureur de la République d’Amed intente un énième procès et demande une peine de 10 ans, accusant Leyla Zana de "propagande en faveur d’une organisation terroriste". Résumons: une condamnation de 10 ans+ une demande de 45 ans+ une demande de 10 ans…
Pour dénoncer, condamner cette injustice et soutenir Leyla Zana, une pétition a été mise en ligne par l’association Amitiés kurdes de Bretagne: http://akbdrk.free.fr/spip.php?article121
Bersiv : http://bersiv.com/actualite/395-je-ne-quitterais-pas-ma-terre-leyla-zana/

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