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Ömer Güney, un Turc mis en examen pour l’assassinat début 2013 à Paris de trois militantes kurdes, est soupçonné par la justice française d’avoir projeté son évasion, a appris mardi l’AFP de sources concordantes.

Il a été mis en examen le 7 mai pour sa participation à un groupement formé en vue de la préparation d’une évasion avec usage d’armes ou de substance explosive, a affirmé une source judiciaire.

Ce projet est apparu après une rencontre début janvier au parloir de sa prison entre Ömer Güney et un homme installé en Allemagne où les enquêteurs se sont rendus, ont précisé des sources proches du dossier.

Des éléments semblant accréditer ce projet d’évasion ont été retrouvés dans le téléphone portable de cet homme, selon une de ces sources. Pour s’évader, Ömer Güney envisageait de se servir d’une arme, y compris contre des représentants des forces de l’ordre, a-t-elle poursuivi.

Son avocat, Xavier Nogueras, s’est refusé à tout commentaire.

Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour expliquer les assassinats par balles, décrits par les enquêteurs comme de véritables exécutions, de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez au Centre d’information kurde (CIK) à Paris le 9 janvier 2013: règlement de comptes interne à la mouvance kurde dans un contexte d’ouverture de pourparlers de paix entre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et Ankara, acte du mouvement turc d’extrême droite des «Loups Gris», assassinat politique, voire crime crapuleux ou différend personnel.

Sakine Cansiz était une figure historique du PKK, considérée comme proche de son chef historique Abdullah Öcalan.

Mais aux yeux des militants et des sympathisants de la cause kurde, l’assassinat politique commandité par les services turcs ne fait aucun doute.

Entendu à plusieurs reprises par la juge d’instruction, décrit comme insaisissable par ceux qui l’ont cotoyé, Ömer Güney nie toute implication. Mais la diffusion sur internet il y a quelques mois d’un enregistrement a fragilisé sa position, selon des sources proches de l’enquête.

– Le démenti des services turcs –

Un homme s’y adresse à deux interlocuteurs, présentés comme des agents turcs. Selon un avertissement diffusé au début de l’enregistrement, il aurait été mis en ligne par un internaute qui se présente comme un proche d’Ömer Güney.

Ce dernier le lui aurait remis le 17 janvier 2013, avant son arrestation, en lui demandant de le «rendre public s’il lui arrivait quelque chose». Les trois hommes y évoquent l’assassinat à venir des trois militantes.

Au moment de la diffusion de cet enregistrement en début d’année, le service de renseignement turc, le MIT, avait de nouveau démenti toute implication dans ce crime. Il avait dénoncé «une opération destinée à mettre en cause» ce service «qui a joué un rôle important dans le processus de paix kurde».

Selon le procureur de Paris, Güney avait été désigné par le PKK comme le chauffeur et l’accompagnateur à Paris de Sakine Cansiz, l’une des victimes.

Le PKK a toutefois démenti que M. Güney était l’un de ses membres, expliquant qu’il avait fait de l’entrisme dans la mouvance kurde francilienne à partir de la fin 2011, gagnant la confiance de ses membres. Les militants kurdes auraient par la suite découvert qu’il était «issu d’une famille proche de l’extrême droite nationaliste turque».

Les policiers français se sont intéressés à son itinéraire, en particulier avant son arrivée en France et durant son séjour en Allemagne.

Ils tentent de retracer les nombreux échanges téléphoniques vers la Turquie d’un homme qui disposait de nombreuses cartes SIM, y compris turques. Il avait ainsi été contrôlé fin 2012 aux Pays-Bas en possession de telles cartes.

Les enquêteurs ont également déterminé que, la veille des assassinats, Güney avait photographié les fiches des adhérents d’une association kurde du Val-d’Oise.

Ankara et le PKK, en lutte armée contre les forces turques depuis 1984, ont engagé un processus de paix qui marque aujourd’hui le pas.  (AFP)

Prise de Libération.fr, 14 Mai 2014

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