L’objet de ces articles est de parler de l’arrivée des Indo-Aryens, dont les Kurdes font linguistiquement partie, dans le Moyen-Orient.
Au préalable et en guise de longue introduction, il faut définir le contexte de cette pénétration et donner un aperçu général du développement des civilisations dans cette partie du continent asiatique. Ces civilisations ont, en grande partie, influencé la civilisation occidentale tant sur le plan des techniques, des orientations spirituelles, des façons d’appréhender le monde et leurs mythes ont inspiré tout particulièrement les trois religions monothéistes.
Comment et pourquoi la civilisation sédentaire a-t-elle commencé au Moyen-Orient et plus précisément dans le croissant fertile ( zone s’étendant à partir du delta égyptien, en Syrie et en Irak entre les déserts au Sud et les montagnes du Taurus au Nord et du Zagros à l’Est ) et dans certaines régions d’Anatolie?
Dès le néolithique, le Moyen-Orient entre dans ce qu’on appelle une économie de production alimentaire (en langage clair, on se met à cultiver et on élève du bétail) dans un semi-nomadisme à circuit fermé. Ce qui est intéressant de rappeler, c’est que le blé et l’orge ne poussent pas spontanément dans le croissant fertile mais plus au Nord, dans la région de Gaziantep (entre Adana et Urfa) et c’est à partir de là que les graines de ces céréales vont se répandre par l’action de l’homme.
C’est dans la période qui va de 9000 à 6000 av. J.C. que l’on assiste à de profondes transformations techniques et culturelles. On commence à se sédentariser et un des plus anciens sites connus est celui de Çatal Hüyük, en plein milieu de l’Anatolie, de récentes découvertes ont permis d’y découvrir un véritable village avec des décorations pariétales et des bucranes qui prouvent la présence du culte du taureau qui a une grande importance autant en Asie Mineure que dans le monde méditerranéen, on y trouve également des figurines de "déesses mères", symboles de fécondité.
A Jéricho, depuis 8000 av. J.C., on cultive le blé ainsi qu’à Çayönü Tepesi en Turquie méridionale. La Mésopotamie, à cette époque fait figure de retardataire, elle va se rattraper.
En effet, c’est entre les deux fleuves, l’Euphrate et le Tigre, dans le sud de l’Irak actuel que le passage le plus ancien du Néolithique à la période historique va se faire. L’histoire commence à Sumer!
Ce moment capital a été précédé de certaines phases dans l’évolution que l’on qualifie de proto-historiques, soit la période d’Hassuna (5800 – 5500), de Samarra (5600 – 5000), d’Halaf (5500 – 4500), d’Obeid (5000 – 3750), d’Uruk (3750 – 3150). Cette dernière pouvant être déjà qualifiée de sumérienne.
Dès Halaf, nous nous trouvons en présence d’une culture qui n’est plus uniquement mésopotamienne, les constructions changent, les maisons ont des formes de tholoi comparables à celles que l’on trouve encore dans la région d’Alep, on retrouve des amulettes à tête de taureau, la hache bipenne, deux éléments de ce qui deviendra la symbolique religieuse basique de tout le Moyen-Orient (y compris la Crète); cette culture a indéniablement des liens avec l’Anatolie.
Avec Obeid, nous assistons à l’infiltration d’un peuple pacifique, il n’y a, en effet aucun signe de destructions, d’incendies dans les sites fouillés. Cette population semble venir du Bas-Euphrate. On est en présence d’un peuple qui va offrir un apport considérable sur le plan de la civilisation et cela dans une remarquable continuité culturelle. On trouve dans un de ses sites, à Eridu, dix-sept temples successifs consacrés au même dieu qui est probablement Enki, le dieu des eaux. En basse Mésopotamie, la pierre est rare, elle n’est utilisée que pour les outils et certains objets de culte, les constructions sont en briques d’adobe dans un type qui va perdurer jusqu’à nos jours.
Dès – 3750, commence la période d’Uruk qui prolonge, sans hiatus, la période d’Obeid. C’est dans ses temples archaïques, déjà en forme de ziggourat, que, dès – 3300, on voit apparaître les plus anciens textes du monde sous forme de tablettes pictographiques. On voit apparaître l’art de sculpter la pierre, on invente le tour du potier, cette civilisation va influencer l’Egypte et l’on trouve des traces de cette culture sur les bords du Nil. Cette civilisation de Sumer ou Shumer va petit à petit s’introduire dans le centre et le nord de la Mésopotamie et ce n’est qu’en – 2300 qu’apparaîtront les premiers écrits dans la région de Ninive. Il est cependant toujours possible que de nouvelles fouilles en Irak ou en Syrie modifient les connaissances actuelles, rappelons qu’Ebla n’a été découverte qu’en 1964 et ses archives, plus de 17.000 tablettes, en 1974.
La population de Sumer, d’après les résultats de fouilles effectuées et l’étude des squelettes retrouvés, semblait être constituée de trois ethnies différentes, mélange de race alpine et méditerranéenne. On y trouve également des traces d’une ethnie que l’on peut qualifier de turco-mongole, partageant les mêmes institutions, les mêmes croyances, le même mode de vie, les mêmes techniques.
Les historiens ne sont pas d’accord sur le fait de savoir si, à l’origine, les Sumériens sont des migrants ou des autochtones. Eux-mêmes se qualifient de "têtes noires" ce qui laisse supposer que leur teint ou la couleur de leurs cheveux sont plus foncés que ceux des populations environnantes. On a pensé qu’il pourrait aussi s’agir de Dravidiens, cousins de ceux qui semblent avoir fondé la civilisation de l’Indus, mais cela reste une hypothèse. Contentons-nous de rappeler quelques certitudes, leur langue est agglutinante, comme d’ailleurs une multitude de langues dans le monde, mais phonétiquement, elle ne ressemble à aucune autre. Leur monde de légendes est un monde de roseaux, de marais. Leur cosmogonie représente la terre comme une plaque ronde et plate, flottant sur un monde d’eau, le tout contenu dans une sphère dont la calotte supérieure est le ciel. Ces dernières indications semblent indiquer que nous avons affaire à des autochtones du moins dès la période d’Obeid.
Les Sumériens vont installer des systèmes de drainage et d’irrigation dans toute la région qui vont permettre de cultiver ces régions marécageuses. Leur système d’irrigation va perdurer jusqu’aux invasions mongoles qui malheureusement vont les détruire en partie.
Leur religion comprend une triade cosmique: An, le ciel, Enlil, l’atmosphère, Enki (Ea), les eaux. A cette triade, il faut ajouter des dieux de seconde catégorie: le dieu des enfers Nergal, le dieu lune Nannar, le dieu soleil Utu et surtout l’importante Inanna, déesse de la fécondité et de la guerre, avec son amant-fils Dumuzi. Inanna deviendra Ishtar, Astarté, Cybèle quant à Dumuzi, il deviendra Tammouz et Adonis. Nous voyons donc les mythes initiaux des Sumériens se perpétuer jusqu’à l’ère chrétienne. Tiamat est l’eau initiale, la génitrice immonde qui sera vaincue par Mardouk, celui-ci deviendra le dieu principal à Babylone dès Hammourabi.
Relatons rapidement les mythes sumériens qui ont influencé les religions monothéistes: Enki, crée l’homme avec de l’argile et l’anime par le souffle (Adam) avec l’intervention de Ti, en langue sumérienne Ti est le nom de la déesse génitrice mais signifie aussi la côte. L’idée hébraïque d’Eve créée à partir de la côte d’Adam serait donc liée à un défaut d’interprétation d’une langue déjà morte quand les Hébreux entrèrent en contact avec les Babyloniens. Sumer nous décrit également le déluge avec le héros Ziusudra (Noé) qui, averti du déluge prochain par le dieu protecteur des hommes Enki, va construire une arche enduite de bitume et qui, à la fin de la catastrophe, va se retrouver au sommet d’une montagne. Les Sumériens croient à la prédestination mais aussi à l’immortalité des âmes qui se retrouvent dans une sorte de Géhenne similaire au Shéol des Hébreux. Un texte retrouvé parle du juste souffrant très semblable au Job de l’ancien testament. La plupart de ces mythes sont repris dans la légende de Gilgamesh et vont se perpétuer pendant plus de deux mille ans.
Sumer est en fait un ensemble de cités régies par des prêtres-rois qui, selon les alliances, prédominent. Ce monde n’est pas entièrement pacifique, ces cités ont de puissantes fortifications. Ils ont des chars de guerre, certainement peu efficaces et tirés par des onagres, ils ne connaissent pas le cheval domestique. Ils craignent les "sauvages Lullubi", les "Guti" du Zagros, tous des asianiques belliqueux dont on sait peu de choses.
L’écriture devient rapidement cunéiforme, elle se répandra dans tout le Moyen-Orient, elle est basée sur un système pictographique et syllabique très compliqué. Cette écriture cunéiforme deviendra alphabétique à Ugarit ( sur l’actuelle côte syrienne ) en 1200 av. J. C.
Les terres appartiennent à la divinité! Tout est donc propriété du temple et ce sont les prêtres-rois qui gèrent les domaines. Les revenus de l’Etat sont considérables, une partie est mise en réserve pour les périodes de disette. Ce système exige un contrôle, une planification rigoureuse, très organisée, avec un grand nombre de scribes et de fonctionnaires. Cette gestion parfaitement rôdée se perpétuera, pratiquement telle quelle, jusqu’aux Perses Achéménides.
Les prêtres-rois se construisent des tombeaux fastueux, les plus célèbres ont été découverts par L. Woolley; curieusement, ils rappellent, par le style des offrandes et les hécatombes sacrificielles qui les accompagnent, les inhumations typiques des Scythes dans la région de Kourgan.
La ville principale de Sumer sera longtemps Kish qui commande les voies commerciales, le titre de Lugal de Kish est convoité, il correspond au titre de roi de Sumer. L’influence de Sumer porte loin, elle englobe Mari, ville importante située sur l’Euphrate dans la Syrie actuelle et va jusqu’à Ebla au sud d’Alep. Pendant plus de quatre siècles, les princes de Sumer vont se battre pour repousser les envahisseurs et garder leur suprématie.
Vers le 24e siècle av. J. C., les Sémites (Akkadiens) du Nord prennent la prééminence, nous sommes à l’époque de Sargon, le grand roi, qui va conquérir l’ensemble du croissant fertile et "tremper ses armes" dans la Méditerranée.
Qui sont les Sémites? C’est un groupe homogène de peuples partageant le même type de langue, la même psychologie, les mêmes moeurs, les mêmes coutumes et les mêmes croyances. C’est une société dimorphe avec des sédentaires installés dans les régions permettant une agriculture que l’on peut, pour l’époque, qualifier d’intensive et, d’autre part, des nomades (en circuit fermé) à la périphérie des zones agricoles, organisés en tribus. Le berceau de ces peuples de langues sémitiques est le croissant fertile et la bordure maritime de la péninsule arabique. Apparemment, ils vivent là depuis la préhistoire. La sédentarisation des nomades s’effectue par vagues et, dans les écrits, ils apparaissent sous différents noms ethniques ou politiques (Akkadiens – Amorrites – Araméens – Arabes pré-islamiques).
L’empire d’Akkad, fondé par Sargon (2334-2279) va durer jusqu’en -2193, il tombe sous les coups des Amorrites. Il a dû entre-temps lutter contre les Guti venus du Zagros. Les Akkadiens ont perpétué la religion de Sumer, son écriture et sa langue qui deviendra la langue du culte et des lettrés. La société se modifie légèrement, la propriété privée commence à apparaître.
Dans le Sud, Ur, ville importante de Sumer, connaît un second souffle et finit par vaincre les barbares Guti, cette période néo-sumérienne (2108-2000) est pauvre en archives mais il ne faut pas désespérer d’en découvrir. A partir d’Ur, on reconstitue un empire, le roi d’Ur et Nippur prend le titre de roi d’Ur, de Sumer et d’Akkad. Il donne à la région près d’un siècle de paix relative, de prestige et de richesse. C’est la période de Goudéa, prince de Lagash.
La justice de cette époque est ferme mais non féroce, les délits donnent lieu à des compensations en argent métal. Nous sommes en présence d’une civilisation presque sans violence, sans conflits aigus. On ne mentionne qu’une seule campagne militaire au pays d’Anshan ( Persépolis ).
Mais les tribus nomades se sont remises en marche, elles vont former un torrent impétueux.
Dès -2029, on se trouve en présence d’une nouvelle population sémite, les Amorrites, ils parlent une langue proche du Cananéen. La chute d’Ur en -2000 marque un tournant crucial, les Sumériens deviennent pratiquement indiscernables et leur langue entre dans un processus de langue morte uniquement utilisée dans le culte.
Les nouveaux monarques amorrites, reprennent la mythologie sumérienne, se disent élus d’Enlil mais ce n’est plus qu’une façade, bien qu’ils se considèrent comme d’authentiques légataires des rois sumériens.
C’est aussi l’époque glorieuse de Mari, composée de deux grandes tribus, les Beni-Yamina (fils de la droite) et les Beni-Simal (fils de la gauche). Ils adorent un grand dieu, le dieu soleil sémitique: Shamash. Mari sera détruite par Hammourabi.
Nous arrivons au premier grand empire dit babylonien, celui d’Hammourabi (1792-1750). D’un seul coup, Babylone s’élève au rang de capitale et Mardouk devient le grand dieu. Une profonde évolution culturelle a lieu qui se poursuivra jusqu’à la fin de cette dynastie à l’aube du 16e siècle.
La langue akkadienne est conservée et atteint sa perfection. En dix ans, Hammourabi parvient à éliminer ses rivaux et construit un grand empire qui comprend tout le sud de l’Irak, l’Euphrate et le Tigre jusqu’à Ninive. Hammourabi est surtout connu pour son code qui est, en fait, plus un code de jurisprudence qu’un code législatif. On assiste, par rapport à Sumer, à un durcissement des règles. La plupart des délits sont désormais punis selon le principe " oeil pour oeil, dent pour dent" et non plus par de simples compensations matérielles. Cependant ce code fait preuve d’un sens de la justice qui fait honneur à son auteur.
L’empire d’Hammourabi qui va durer de -1800 à -1650, date de sa destruction par les Hittites, est une époque privilégiée sur le plan de la documentation. Le culte reste très influencé par Sumer. Le dieu porte la tiare à cornes, le roi aussi car il est un dieu sur terre, les rites d’offrandes sont accompagnés de chants et le prêtre le plus important est l’Urigallum. Pour Ishtar qui a remplacé Inanna, le culte est licencieux accompagné d’orgies sexuelles. Certaines femmes attachées au temple se révèlent de remarquables femmes d’affaires. Le palais de Mari, retrouvé lors des fouilles, reste le meilleur exemple de l’architecture de l’époque. Il est parfaitement adapté au climat et moeurs de l’Orient, on y trouve des cuisines à double foyer, des réserves, des salles d’ablutions avec cabinets à la turque et mise à l’égout. En fait rien n’a beaucoup changé depuis.
Les successeurs d’Hammourabi se voient confrontés à un grave déclin économique et écologique. Après la destruction de Babylone par les Hittites (dont il sera question dans la 2ème partie), vont leur succéder les Kassites, barbares caspiens mêlés d’éléments probablement aryens, leur dieu soleil étant Shuriash (Surya en sanskrit). Les Kassites vont régner pendant quatre siècles mais on dispose de très peu de documents à leur sujet, ils viennent du Zagros et disposent de chars légers traînés par des chevaux, on peut se poser la question de savoir s’ils les ont hérités des Hittites. Leurs rois continuent les institutions qu’ils ont trouvées. Le commerce est florissant, toutes les observations médicales, scientifiques ou astronomiques sont préservées, le babylonien (l’akkadien) devient lingua franca dans toutes les chancelleries orientales. L’Orient entre dans une époque troublée, on connaît les campagnes des Egyptiens contre les Hurrites et les Hittites. Les Assyriens deviennent une puissance et connaissent leur première heure de gloire. C’est un peuple sémitique mêlé d’éléments asianiques et proto-indo-européens. Le conflit assyro-babylonien fait rage pendant tout le 13e siècle.
Ce sont les Elamites qui abattront les Kassites en 1157 av. J.C., les mêmes qu’on a vu apparaître dès l’époque sumérienne, attaquant épisodiquement les riches régions sédentaires installées à leurs portes. Ils viennent également du Zagros, dans la région au nord du Pays d’Anshan (Suse).
Vient le temps des confusions, c’est l’époque des invasions pélasgiennes, ces peuples de la mer venus de tous les coins de la Méditerranée, parfois d’aussi loin que la Sicile vont bouleverser l’Anatolie et les côtes du Moyen-Orient et de l’Egypte. Certains d’entre eux comme les Philistins s’installeront. C’est également l’époque des invasions de peuples comme les Phrygiens, les Mushki qui détruiront l’empire hittite sur leur passage.
A la même époque, les Araméens, sémites nomades du désert syro-euphratéen occupent la Syrie. Les rois de Babylone ont peu de pouvoir, l’Egypte est en pleine décadence, les Elamites retombent dans leur sommeil mais l’Assyrie se réveille. Vers -1077, un grand guerrier, le roi Teglath Phalazar atteint même Byblos et Sidon, mais cette gloire est éphémère et il faudra attendre -911 pour que l’empire assyrien s’installe.
Le monde mésopotamien est en butte à des envahisseurs venus de partout, ils saccagent et détruisent, ce sont d’une part les Araméens, d’autre part les Guti, les Elamites et puis arrivent les Kaldû, les Chaldéens qui, bientôt, feront renaître l’importance de Babylone avec Nabuchodonosor II.
Le grand essor de l’Assyrie commence à la fin de 10e siècle av. J.C., à partir de leurs grandes villes Assour et Ninive, ils fondent leur puissance sur un monde en plein chaos. Le premier grand roi est Assourbanipal qui va conquérir un empire, il atteint le Liban après avoir ravagé les petits royaumes néo-hittites de Syrie. Il consolide son empire en Irak du Nord. C’est un homme cruel, les Assyriens règnent par la terreur et s’en vantent. C’est également un grand bâtisseur, il embellit Ninive et fait construire temples et palais, des nouveautés architecturales voient le jour.
Son successeur Salmanazar continue les conquêtes, il pénètre dans l’Ourartou jusqu’au lac de Van et en Cilicie, il n’arrive cependant pas à complètement dominer la Syrie, ni Hama ni Damas ne sont conquises. Il vainc le petit royaume d’Israël dont il fait déporter la population. Il finit par entrer à Babylone où il offre des sacrifices à Mardouk. Il meurt en -824, une période plus difficile commence pour l’empire assyrien. On assiste à cette époque à la montée en puissance de l’Ourartou (ancien Mitanni). Les Ourartéens succèdent aux Hurrites auxquels ils sont apparentés. C’est une source de soucis pour une Assyrie déclinante.
L’Assyrie, cependant, relève la tête sous Sargon II, il est vainqueur sur tous les fronts, seule Babylone qui avait récupéré son indépendance lui résiste. Les Sargonides règneront un siècle (704-609). Parmi eux citons Sennachérib qui assiège Juda, reprend Babylone en écrasant les rebelles à Kish et fait l’impensable en détruisant Babylone, la cité illustre et sacrée. Il meurt assassiné, les Assyriens retombent dans une période troublée qui se termine avec Assourbanipal dont les succès s’étendent à l’ensemble du Moyen-Orient et à l’Egypte qui doit se soumettre. Necho, pharaon Saïte est emmené à Ninive. Assourbanipal vainc la Phénicie et les Elamites qui depuis trois mille ans attaquent la Mésopotamie. Il peut célébrer son triomphe et même Cyrus 1er, ravi de la défaite d’Elam, son grand concurrent, le félicite.
Ajoutons un petit panorama culturel et artistique sur ce que les Assyriens ont transmis en tenant compte du fait qu’ils sont les dépositaires des civilisations qui les ont précédés.
L’art assyrien s’exprime surtout dans les bas-reliefs et les stèles qui s’inscrivent dans le courant de Sumer et d’Akkad et qui sont essentiellement religieuses. Les dieux, associés à la puissance du roi, sont anthropomorphes. On voit certaines influences hittites dont l’habitude de donner des ailes et une tête humaine aux animaux qui gardent les portes. Caractéristique aussi le fait que le roi ait la même taille que les autres personnages car, contrairement aux pharaons, il n’est pas d’essence divine. Tout aussi remarquables dans leur art sont les panneaux de briques émaillées multicolores et les superbes peintures murales, les splendides portes de bronze et les sceaux cylindriques parfaits ainsi que le travail très raffiné de l’ivoire.
Les listes "scientifiques" dont les archéologues ont retrouvé des dizaines de milliers de tablettes reprenant la somme des connaissances des spécialistes, des médecins et astronomes et qui complètent celles de Sumer et d’Akkad, nous donnent une idée assez précise de leurs connaissances. Les Mésopotamiens ont accumulé des tas d’informations sur les animaux, les plantes, les mouvements des astres, les nombres. Il leur a cependant manqué ce qu’on appelle l’esprit de synthèse.
Les scribes de l’époque devaient maîtriser le sumérien, l’akkadien et l’assyrien. Ils s’aidaient de syllabaires, de véritables dictionnaires bilingues. Ils connaissaient les langues étrangères comme le hittite, le kassite, l’araméen et l’égyptien. L’histoire est présente sous forme de listes royales mais, il n’y a que les Hittites et les Assyriens qui ont tenu des annales que l’on peut qualifier d’historiques.
Les mathématiques et l’astronomie ont atteint un développement extraordinaire et permettent de réussir des calculs d’une grande complexité. Le système de numération est sexagésimal. Ils sont capables d’extraire les racines carrées, et en algèbre, ils résolvent les équations du deuxième degré, ils maîtrisent des éléments de géométrie euclidienne. Pour "pi", ils ont un chiffre entre 3 et 3,375. En astronomie, le texte le plus ancien découvert date de -1646. Le système solaire et les étoiles sont observés car, depuis la civilisation de Sumer, les habitants de ces régions croient que le destin des hommes est le reflet du destin des cieux et du parcours des étoiles, l’astrologie a une grande importance et on assiste à la naissance de l’horoscope. L’année est divisée en 12 mois de 29 ou 30 jours ( cycle lunaire ) pour corriger le décalage vis à vis de l’année solaire on ajoute, tous les sept ans, une saison pour rattraper le temps. Ils vont arriver à établir la durée de l’année solaire avec une erreur de 4′ 32,65” (donc plus précis que le calcul d’Oppolzer en 1887). Par contre, ils n’ont pas de théorie cosmique.
En ce qui concerne la médecine, ils considèrent que la maladie est une punition des dieux liée à la violation d’un tabou, malgré tout, ils arrivent à grouper les maladies car ils connaissent le rôle étiologique de certains agents naturels. Ils ont une médecine pragmatique assez évoluée, très proche de celle qu’on pratiquait en Europe, il y a deux siècles. On s’arrache leurs médecins, même les pharaons tel Aménophis III ou les rois hittites les demandent. On a retrouvé les tablettes d’un véritable traité de diagnostics et pronostics. La pharmacopée la plus ancienne date de la 3ème dynastie d’Ur, elle comprend des sirops, des inhalations, des fumigations, des instillations, des pommades et même des suppositoires. On connaît l’utilisation du pavot et de la bière. Plus important, ils ont pu déterminer la notion de contagion et pratiquent certaines mesures d’hygiène.
En 612 av. J.C., trente cinq ans après la prise de Suse, capitale des Elamites, apogée du règne d’Assourbanipal, les palais de Ninive s’abîment dans les flammes sous les coups des Mèdes et des Chaldéens réunis.
Ces Chaldéens (Kaldû) sont des tribus araméennes qui se sont emparées de Babylone au 9e siècle. Battus par les Assyriens qui rasèrent même Babylone comme nous l’avons vu, ils ne s’avouèrent pas vaincus. Ils vont s’allier aux Mèdes et aux Scythes (dont il sera question dans la 2ème partie) pour anéantir l’Assyrie. Au sein du nouvel empire babylonien, Chaldéens, Araméens et Babyloniens sont confondus et l’araméen devient la langue véhiculaire du Moyen-Orient y compris l’Egypte. Babylone, héritière et gardienne des vieilles traditions suméro-akkadiennes, est une grande cité de cent mille habitants mais elle est tellement vaste qu’elle pourrait facilement en abriter deux fois plus. Un de ses rois bien connus est le Nabuchodonosor II de la Bible.
La ville est entourée de deux enceintes remarquables, elle comprend une grande ziggourat, temple fondamental du ciel et de la terre (tour de Babel) qui détruit et reconstruit de multiples fois est couronné d’une chapelle rehaussée de briques d’un émail bleu resplendissant comme nous le raconte Hérodote.
Le culte d’Ishtar, de la fertilité, se poursuit. Les temples sont également des banques et le gouvernement royal reprend le système assyrien. Les familles nobles sont riches, elles effectuent des profits grâce à leurs activités commerciales et financières, avec la généralisation de l’argent métal et de la monnaie, invention lydienne. Ce système socio-économique sera maintenu par les Mèdes et les Perses.
Babylone tombe aux mains de Cyrus II, roi des Perses en 539 av. J.C.

 

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