Quelque 1.100 membres de la communauté kurde de Belgique, d’après la police locale, ont manifesté mardi à Bruxelles afin de dénoncer le soutien de l’OTAN à l’intervention militaire turque contre l’enclave kurde d’Afrine, dans le nord de la Syrie, qui a été lancée le 20 janvier dernier par Ankara. Les manifestants ont notamment dénoncé la double posture de l’OTAN et des puissances occidentales qui ont soutenu les Kurdes dans la lutte contre l’Etat islamique sans leur offrir de reconnaissance politique en contrepartie.

Depuis 2012, l’enclave kurde d’Afrine située au nord-ouest de la Syrie, était contrôlée par les Unités de protection du peuple (YPG), la branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD) syrien qui est combattue par les autorités turques pour leurs liens avec le PKK (Le Parti des travailleurs du Kurdistan). La Turquie considère en effet les YPG comme étant l’aile syrienne du PKK, lui-même considéré comme un groupe armé terroriste par une grande partie de la communauté internationale dont l’Union européenne et les États-Unis notamment.

Les YPG sont toutefois un fer de lance dans la lutte contre l’organisation terroriste Etat islamique (EI) et ont bénéficié à partir de 2014 du soutien militaire croissant de la communauté internationale. Le 20 janvier dernier, Ankara a lancé une offensive militaire baptisée “Rameau d’Olivier” destinée à chasser les YPG d’Afrine. L’ONU estime que cette action contre les milices kurdes sur la ville syrienne d’Afrine a déplacé 167.00 personnes et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) avance pour sa part le bilan de 286 civils tués lors de bombardements aériens et de tirs d’artillerie. Les forces turques ainsi que leurs supplétifs syriens ont pris le contrôle de l’enclave le 18 mars dernier.

La marche de ce mardi vient clôturer une semaine de mobilisation quotidienne de la communauté kurde à Bruxelles pour protester contre l’intervention militaire turque contre Afrine. Durant une semaine, les manifestants ont en effet dénoncé l’abandon d’Afrine par ses alliés occidentaux, partagés entre leur alliance avec la Turquie qui est membre de l’OTAN et celui avec les forces kurdes syriennes dans leur lutte contre l’EI.

“L’OTAN a entamé depuis quelques jours son déménagement vers son nouveau siège et nous profitons de l’occasion pour rappeler que cette organisation ainsi que les pays occidentaux cèdent au chantage d’Erdogan et de son gouvernement AKP en acceptant qu’il mène une intervention militaire contre le peuple kurde et le mouvement démocratique en Syrie. L’OTAN ne prend aucune mesure pour faire respecter les résolutions de l’ONU concernant un armistice dans l’enclave d’Afrine. Elle reste silencieuse face au crimes contre l’humanité commis à Afrine par la Turquie qui est un de ses membres”, indique Delil Agbaba, porte-parole de NavBel, le conseil des communautés kurdes de Belgique.

“L’OTAN comme les puissances occidentales ont fourni un soutien militaire aux Kurdes dans leur lutte contre l’Etat islamique mais ne daignent pas leur offrir une reconnaissance politique ni les considérer comme des partenaires des négociations politiques à Genève. C’est cette double posture de l’Occident qui encourage la Turquie à attaquer les Kurdes de Syrie avec des forces anti-démocratiques et des troupes djihadistes, en ce inclus d’ancien combattants de l’Etat islamique”, ajoute t-il.

Selon Delil Agbaba, les hommes qui n’ont pas pu fuir Afrine après la prise de l’enclave par l’armée turque et ses alliés, sont jetés en prison et soupçonnés d’être membres des YPG du seul fait d’êtres Kurdes. Leurs proches sont sans nouvelles d’eux et certains de ces hommes incarcérés ont été retrouvés assassinés. Il estime également que la reconquête d’Afrine attise un climat nationaliste en Turquie et un racisme à l’encontre des peuples non-turcs qui y vivent.

L’offensive turque menée à Afrine a également conduit en Turquie à l’arrestation de centaines de personnes qui avaient critiqué l’opération militaire sur les réseaux sociaux.

La Plateforme de Solidarité Afrine, qui dénonce également l’inaction de l’Occident face aux crimes commis par la Turquie dans l’enclave reconquise vante pour sa part le modèle en vigueur au Rojava (Kurdistan syrien) incluant la région d’Afrine.

“Il s’agit d’un modèle démocratique basé sur la liberté, l’égalité et la libération des femmes réalisé pour la première fois au Moyen-Orient. Une politique démocratique, égalitaire, fondé sur la vie commune et libre de toutes les identités qui est devenue l’espoir et le seul modèle de solution au Moyen-Orient pour mettre en pratique l’égalité, la liberté et la cohabitation pacifique entre les peuples, les identités, les croyances et les sexes”, conclu-t-elle.

(source: 7sur7.be)

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