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Aux candidats à l’élection présidentielle (la France)

L’Europe est actuellement focalisée sur la «crise des réfugiés» et ne semble pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, — auteurEs, journalistes, Kurdes, AléviEs, et bien sûr les femmes — payons le prix lourd de la «crise de démocratie».
L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que «l’Europe est l’Europe»: la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression.
Aslı Erdoğan

Nous auteurEs, artistes,
Nous sommes Aslı Erdoğan, romancière passible de prison à vie pour avoir pris le parti des opprimés, dans des chroniques dénonçant la guerre menée contre les Kurdes dans le sud du pays. Écrivaine humaniste, pacifiste, «bouche des malheurs qui n’ont point de bouche», comme se définissait Aimé Césaire, elle incarne la littérature que nous voulons continuer à traduire, diffuser, lire pour garder ouvertes les frontières qui divisent chaque jour un peu plus les peuples;

Nous journalistes,
Nous sommes Ahmet Şık, l’un des plus éminents journalistes indépendants turcs, soupçonné d’appartenance simultanée à des organisations «terroristes» aussi différentes que PKK, PYD et le mouvement Gülen. Nous sommes Özgür Gündem, journal réputé pro-kurde persécuté par le régime, au point que l’ensemble de l’équipe éditoriale et les 35 personnalités ayant participé à une opération symbolique de soutien sont désormais inculpées pour terrorisme, incluant le délégué de Reporters sans frontières Erol Önderoğlu et Şebnem Korur Fincancı, médecin, professeure d’université et fondatrice de la Fondation des Droits de l’Homme en Turquie. Nous sommes Cumhuriyet, journal des sociaux-démocrates dont l’ex-directeur Can Dündar a dû s’exiler après avoir révélé les compromissions du gouvernement turc avec Daesh; dont une dizaine de journalistes sont actuellement en prison; qui a été condamné pour avoir publié les dessins de Charlie Hebdo en soutien après le 7 janvier 2015, alors que, faut-il le rappeler, le Premier Ministre turc était présent à Paris lors de la manifestation du 11 janvier; dont même le vendeur de thé a été mis en garde à vue pour avoir «insulté le Président»;

Nous universitaires,
Nous sommes les 1128 signataires de la pétition Academics for peace désormais harcelés, dont nombre ont perdu leur poste dans les purges massives effectuées dans les universités turques où des départements entiers ont été fermés, dont certains sont aujourd’hui en prison. Nous sommes Pınar Selek, sociologue féministe, auteure d’études sur les enfants des rues, sur les minorités sexuelles, kurde, arménienne, torturée en prison et désormais exilée en France dans l’attente du dénouement d’un interminable procès pour terrorisme dans lequel, en 19 ans de procédure, elle a été quatre fois acquittée et dont la Cour suprême vient une fois de plus d’annuler l’acquittement. Nous sommes Necmiye Alpay, linguiste et traductrice qui vient de passer plus de quatre mois en prison et est toujours dans l’attente d’un jugement pour terrorisme et déstabilisation de l’Etat, passible pour cela de prison à perpétuité;

Nous avocatEs, 
Nous sommes Eren Keskin, avocate, vice-présidente de l’Association turque pour les droits humains, défenseuse notamment des femmes victimes de violences sexuelles en prison, visée par plus d’une centaine de procès et risquant la prison à vie;

Nous, éluEs politiques,
Nous sommes Figen Yüksekdağ et Selahattin Demirtaş, co-présidents du parti d’opposition HDP, qui sonnait l’alerte en juillet dernier sur le fait qu’«on en est arrivé au point où, en Turquie, le simple fait de plaider pour la paix est considéré comme un délit»; désormais emprisonnés comme une dizaine de députés HDP depuis la levée de leur immunité parlementaire en octobre dernier, alors qu’à Ankara en ce moment est présenté au vote un projet de changement de Constitution qui doit encore durcir le régime;

Nous citoyenNEs,
Nous sommes conscients que nos libertés ne sauraient exister en Europe dans les frontières imposées par la peur, le rejet de l’autre et l’aveuglement volontaire, lâche et dangereux, face à l’effondrement de l’Etat de droit en Turquie, qui ne présage rien de bon pour nos propres démocraties;
Nous appelons les politiques qui, en ces temps électoraux, prétendent agir et parler en notre nom à être à la hauteur de la situation. Entendre celles et ceux qui manifestent avec courage leur attachement aux valeurs qui font que les regards se tournent encore aujourd’hui, avec l’espoir d’un soutien, vers l’Europe des droits humains; 
Nous ne pensons pas que notre asséchante tranquillité migratoire vaille tant de compromissions avec le régime de Recep Tayyip Erdoğan. Il est temps d’assumer enfin nos responsabilités. Il est temps d’oser prendre fortement le parti du droit, de la paix, de la liberté et du respect des peuples.

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