"La Turquie veut entraîner le Kurdistan irakien dans une guerre en accusant (les Kurdes, ndlr) d’accueillir sur leur territoire des membres du PKK", le Parti des travailleurs du Kurdistan, a déclaré Murat Karayilan à l’AFP.

L’interview s’est déroulée dans les Monts Qandil, le long de la frontière avec la Turquie, où les rebelles du PKK possèdent des bases arrière.

"Mais l’objectif principal de cette accusation est d’affaiblir les positions des Kurdes dans leur différend avec Bagdad", a ajouté le responsable kurde.

"C’est la poursuite des bombardements sur nos positions dans les montagnes et la politique visant à semer la zizanie entre le Kurdistan irakien et Bagdad (…) qui nous ont poussés à réagir, ce qui constitue de la légitime défense", a défendu M. Karayilan.

Le leader rebelle a accusé la Turquie de "conspirer" contre les Kurdes sur l’épineuse question de Kirkouk, une ville du nord de l’Irak à majorité kurde, source de désaccord entre le Kurdistan irakien et Bagdad depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.

Ces déclarations du chef militaire du PKK interviennent alors que le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, se trouve à Bagdad pour rencontrer des hauts responsables turcs pour la première fois depuis le début de la récente crise entre la Turquie et le PKK.

"Il y aura une rencontre entre Massoud Barzani et une délégation dirigée par un représentant du Premier ministre turc", Recep Tayyip Erdogan, a déclaré à l’AFP Fouad Husseïn, directeur de cabinet du président kurde.

Les rebelles du PKK ont attaqué le 3 octobre une caserne turque près de la frontière irakienne, tuant 17 soldats, et 25 rebelles ont été tués dans les combats qui ont suivi, selon l’armée turque.

En représailles, l’aviation turque a plusieurs fois bombardé les bases du PKK en territoire irakien.

Ce regain de tension entre le PKK et la Turquie intervient alors que Parlement turc a renouvelé la semaine dernière l’autorisation donnée à l’armée de procéder à des frappes contre les bases des rebelles kurdes dans le nord de l’Irak.

Ce mandat a permis à l’armée turque d’effectuer depuis un an des raids aériens dans cette région où sont retranchés, selon Ankara, 2.000 combattants du PKK, ainsi qu’une intervention terrestre de huit jours en février.

Le PKK, considéré comme une organisation terroriste par la Turquie, l’Irak, l’Union européenne et les Etats-Unis, mène depuis 1984 une lutte armée pour l’autonomie du Sud-Est de la Turquie, peuplé en majorité de Kurdes, qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts. Les rebelles kurdes sont notamment basés en Irak d’où ils procèdent à des incursions en territoire turc.

Selon M. Karayilan, l’attaque du 3 octobre contre une caserne turque constituait "une réponse aux pressions répétées de la Turquie sur le nord du Kurdistan", la partie du territoire à majorité kurde située en Turquie.

"Notre présence en profondeur sur le territoire turc (…) est un message clair lancé à la Turquie et à quiconque que nous sommes dans le Kurdistan de Turquie, et non le Kurdistan irakien, et nous sommes liés aux habitants en Turquie", a affirmé le responsable kurde.

"Nous préférerions résoudre ces problèmes par le dialogue, mais la Turquie ne nous écoute pas et nous avons le droit de les attaquer pour nous défendre", a-t-il ajjouté.

Il nié par ailleurs que le PKK soit fourni en armes par la Russie, la Syrie, l’Iran ou le Kurdistan irakien. (AFP, Schwan MOHAMMED, 14 oct 2008)
http://www.info-turk.be/362.htm#Manifestations

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