La politique étrangère du gouvernement turc, formulée comme « zéro problème avec les voisins », s’est effondrée, tandis qu’à l’intérieur, il y a une crise politique qui s’approfondie de plus en plus. La politique régionale de ses alliés occidentaux s’est également soldée par un échec, surtout en Syrie.  L’alliance antikurde à l’intérieur du pays entre les partis traditionnels,  mais aussi à l’extérieur avec les voisins comme Iran, Irak et Syrie ont volé en éclat, tout comme l’alliance internationale basée sur la négation des droits légitimes du peuple kurde.

Les Kurdes sont plus que jamais sur le devant de la scène pour réécrire leur histoire dans le cadre d’un projet de confédération démocratique et écologique au Moyen-Orient, afin de vivre dans la paix avec toutes les composantes de la région.

Après le grand succès historique des Kurdes syriens qui ont déclaré leur autonomie démocratique au Kurdistan occidental, soit le Kurdistan syrien, les Kurdes de Turquie espèrent renforcer leur position politique après les élections municipales qui auront lieu au moment où le gouvernement AKP du premier ministre Recep Tayip Erdogan est en pleine crise provoquée des scandales politico-financiers.

LES KURDES SYRIENS FONT VOLER EN ECLAT  LES CALCULS GEOSTRATEGIQUES

Les Kurdes syriens ont su imposer une troisième voie dans le conflit syrien au profit de tous les peuples de la région, alors qu’une guerre par procuration fait rage dans ce pays pour diviser, affaiblir et faire s’affronter les différentes catégories de la société. L’avènement des Kurdes qui ont refusé de jouer le jeu des forces hégémoniques a pris une forme déterminante pour le futur de la Syrie, où se joue également le futur du Moyen-Orient. 

Pour résumer, cette troisième voie représente sans doute la position du mouvement Kurde le plus influent au Moyen-Orient, dirigé par Abdullah Ocalan, le chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le confédéralisme démocratique moyen-oriental est son projet.  Le succès des kurdes syriens peut également être considéré comme celui du KCK, l’Union des Communautés du Kurdistan, système politique du PKK, dont M. Ocalan est le président général. Autrement dit, la révolution kurde en Syrie n’est pas indépendante du processus de paix en Turquie.

La ligne politique et idéologique du mouvement kurde n’a jamais été aussi forte et étendue dans toute l’histoire kurde, ce que confirme le succès de cette ligne, malgré la deuxième armée de l’OTAN et ses alliés occidentaux.

C’est sur cette ligne politique que les Kurdes de Turquie se sont préparés aux élections municipales, en s’affrontant à la fois au parti au pouvoir et aux kémalistes, ainsi qu’à la puissante confrérie de l’Imam Fethullah Gülen, protégé des Etats-Unis.

Après le premier grand succès aux élections locales de 2009, une campagne de répression sans précédent a été lancée contre le parti légal kurde dans le cadre de l’affaire KCK, sans aucune preuve tangible. Des milliers de personnes dont des élus, avocats, journalistes, étudiants, femmes, enfants, intellectuels ou défenseurs des droits humains ont été emprisonnés.

Malgré cela et malgré de grandes opérations militaires, rien n’a pu empêcher l’avancée des Kurdes sur la scène politique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

LE ROLE D’OCALAN

Le succès militaire et politique du mouvement kurde a forcé l’Etat turc à venir s’asseoir et parler avec le leader kurde Abdullah Ocalan dans sa cellule sur l’Ile d’Imrali, où il est emprisonné depuis 1999, suite à un complot international, mené par des services étrangers comme CIA et MOSSAD.

En Mars 2013, le processus de paix est entré dans une nouvelle phase sans précédent après la déclaration historique de M. Ocalan, qui a appelé le PKK à retirer ses combattants au Kurdistan irakien. Un cessez-le-feu est toujours en vigueur, mais le retrait des combattants a été suspendu en septembre 2013 pour cause de l’inaction du gouvernement en vue de prendre des mesures concrètes pour satisfaire les revendications légitimes du peuple kurde.

Pour la première fois, des délégations constituées de députés BDP, principal parti kurde du Parlement turc, sont allées de façon régulière sur l’Ile d’Imrali.  Aujourd’hui, un cadre légal est exigé par Ocalan pour débloquer le processus de paix, car selon la loi, ces rencontres avec Ocalan sont illégales. Des dizaines d’avocats ont été emprisonnés pour cette même raison. Les dispositions légales sont nécessaires et inévitables pour assurer le processus. « Toutes les routes secondaires et les formes temporaires sont arrivées à leur terme » a déclaré Ocalan, le 21 Mars dernier devant deux millions de personnes, rassemblées à Diyarbakir à l’occasion de la fête de Newroz, nouvel an kurde.  « Les deux parties ont testé leur bonne volonté, leur sincérité, et leur aptitude. Malgré l’attitude lente et unilatérale du gouvernement qui évite de tout cadre légal, les deux parties (kurdes et turques) ont prouvé leur détermination dans la recherche de la paix.  Maintenant, un cadre légal pour la systématique des pourparlers est inévitable » a-t-il dit.

LE PROCESSUS DE PAIX REND VISIBLE LA CORRUPTION

Les négociations à l’initiative de M. Ocalan ont notamment donné lieu au conflit de pouvoir entre l’AKP et son ancien allié, la confrérie Gulen, qui est contre le processus de paix et accusée d’être derrière la campagne d’arrestations. La révélation des scandales de corruptions au sein du gouvernement et le conflit de pouvoir sont les conséquences directes de la position adoptée par le mouvement kurde.

NOUVELLE DYNAMIQUE SUR LA SCENE POLITIQUE, HDP

En parallèle aux négociations avec le gouvernement et l’Etat,  les Kurdes ont renforcé leur alliance avec la gauche turque, participant d’abord à la création du parti de la démocratie des peuples (HDP), une nouvelle dynamique qui se propose comme alternative. Le BDP a pris une décision importante : participer aux élections sous le toit de l’HPD à l’ouest de la Turquie et multiplier ses mairies dans la région kurde.

LE BDP REVOLUTIONNE LES ELECTIONS

Le projet le plus important mis en œuvre par ces deux partis politiques est sans doute le concept de « co-maire », une révolution. Pour chaque mairie, une candidate et un candidat se présentent, une égalité qui n’a plus besoin de quota. Les mairies BDP ou HDP seront dirigées par le système de coprésidence et le salaire du maire sera partagé entre les co-maires.

Le parti kurde promet une autonomie démocratique aux électeurs, en bâtissant ensemble un “système d’auto-gouvernance”, réduisant le rôle de l’Etat central. Le BDP propose ce système alternatif au concept de l’Etat-nation pour toute la Turquie.  Il propose également une économie communale et des villes écologiques au lieu des projets mégalomaniaques du gouvernement AKP, qui détruisent la nature, creusent la pauvreté, enrichissent les partisans d’Erdogan.

LES ATTAQUES RACISTES

La coalition BDP-HDP a déjà créé une dynamique à travers le pays. La multiplication des attaques racistes et fascistes contre le HDP ces dernières semaines en est la preuve. Des attaques et des tentatives de lynchages ont eu lieu dans plusieurs villes, notamment à Mugla, Izmir, Istanbul et Tekirdag.  Pour le HDP, BDP et les responsables du PKK, ces attaques ont été organisées par l’Etat profond contre la fraternité entre les peuples et contre une perspective démocratique.

DES ELECTIONS LOCALES AVEC UNE PORTEE INTERNATIONALE

Malgré tout, en créant cette nouvelle dynamique à l’Ouest de la Turquie, les Kurdes se sont imposés en première ligne de la scène politique. Le BDP détient déjà plus d’une centaine de mairies. Il espère multiplier ses mairies, en prenant notamment de quatre à sept nouvelles provinces, tout en conservant les siennes. Ces élections seront une nouvelle et grande étape dans  la marche des Kurdes pour l’espoir de construire une nouvelle région,  sur la base de la fraternité et du respect, dans le cadre d’une modernité démocratique. Les résultats des élections locales n’auront pas seulement une portée locale, mais avec des conséquences régionales et internationales.

Par Maxime Azadi

Publié par ActuKurde

 

La politique étrangère du gouvernement turc, formulée comme « zéro problème avec les voisins », s’est effondrée, tandis qu’à l’intérieur, il y a une crise politique qui s’approfondie de plus en plus. La politique régionale de ses alliés occidentaux s’est également soldée par un échec, surtout en Syrie.  L’alliance antikurde à l’intérieur du pays entre les partis traditionnels,  mais aussi à l’extérieur avec les voisins comme Iran, Irak et Syrie ont volé en éclat, tout comme l’alliance internationale basée sur la négation des droits légitimes du peuple kurde.

Les Kurdes sont plus que jamais sur le devant de la scène pour réécrire leur histoire dans le cadre d’un projet de confédération démocratique et écologique au Moyen-Orient, afin de vivre dans la paix avec toutes les composantes de la région.

Après le grand succès historique des Kurdes syriens qui ont déclaré leur autonomie démocratique au Kurdistan occidental, soit le Kurdistan syrien, les Kurdes de Turquie espèrent renforcer leur position politique après les élections municipales qui auront lieu au moment où le gouvernement AKP du premier ministre Recep Tayip Erdogan est en pleine crise provoquée des scandales politico-financiers.

LES KURDES SYRIENS FONT VOLER EN ECLAT  LES CALCULS GEOSTRATEGIQUES

Les Kurdes syriens ont su imposer une troisième voie dans le conflit syrien au profit de tous les peuples de la région, alors qu’une guerre par procuration fait rage dans ce pays pour diviser, affaiblir et faire s’affronter les différentes catégories de la société. L’avènement des Kurdes qui ont refusé de jouer le jeu des forces hégémoniques a pris une forme déterminante pour le futur de la Syrie, où se joue également le futur du Moyen-Orient. 

Pour résumer, cette troisième voie représente sans doute la position du mouvement Kurde le plus influent au Moyen-Orient, dirigé par Abdullah Ocalan, le chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le confédéralisme démocratique moyen-oriental est son projet.  Le succès des kurdes syriens peut également être considéré comme celui du KCK, l’Union des Communautés du Kurdistan, système politique du PKK, dont M. Ocalan est le président général. Autrement dit, la révolution kurde en Syrie n’est pas indépendante du processus de paix en Turquie.

La ligne politique et idéologique du mouvement kurde n’a jamais été aussi forte et étendue dans toute l’histoire kurde, ce que confirme le succès de cette ligne, malgré la deuxième armée de l’OTAN et ses alliés occidentaux.

C’est sur cette ligne politique que les Kurdes de Turquie se sont préparés aux élections municipales, en s’affrontant à la fois au parti au pouvoir et aux kémalistes, ainsi qu’à la puissante confrérie de l’Imam Fethullah Gülen, protégé des Etats-Unis.

Après le premier grand succès aux élections locales de 2009, une campagne de répression sans précédent a été lancée contre le parti légal kurde dans le cadre de l’affaire KCK, sans aucune preuve tangible. Des milliers de personnes dont des élus, avocats, journalistes, étudiants, femmes, enfants, intellectuels ou défenseurs des droits humains ont été emprisonnés.

Malgré cela et malgré de grandes opérations militaires, rien n’a pu empêcher l’avancée des Kurdes sur la scène politique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

LE ROLE D’OCALAN

Le succès militaire et politique du mouvement kurde a forcé l’Etat turc à venir s’asseoir et parler avec le leader kurde Abdullah Ocalan dans sa cellule sur l’Ile d’Imrali, où il est emprisonné depuis 1999, suite à un complot international, mené par des services étrangers comme CIA et MOSSAD.

En Mars 2013, le processus de paix est entré dans une nouvelle phase sans précédent après la déclaration historique de M. Ocalan, qui a appelé le PKK à retirer ses combattants au Kurdistan irakien. Un cessez-le-feu est toujours en vigueur, mais le retrait des combattants a été suspendu en septembre 2013 pour cause de l’inaction du gouvernement en vue de prendre des mesures concrètes pour satisfaire les revendications légitimes du peuple kurde.

Pour la première fois, des délégations constituées de députés BDP, principal parti kurde du Parlement turc, sont allées de façon régulière sur l’Ile d’Imrali.  Aujourd’hui, un cadre légal est exigé par Ocalan pour débloquer le processus de paix, car selon la loi, ces rencontres avec Ocalan sont illégales. Des dizaines d’avocats ont été emprisonnés pour cette même raison. Les dispositions légales sont nécessaires et inévitables pour assurer le processus. « Toutes les routes secondaires et les formes temporaires sont arrivées à leur terme » a déclaré Ocalan, le 21 Mars dernier devant deux millions de personnes, rassemblées à Diyarbakir à l’occasion de la fête de Newroz, nouvel an kurde.  « Les deux parties ont testé leur bonne volonté, leur sincérité, et leur aptitude. Malgré l’attitude lente et unilatérale du gouvernement qui évite de tout cadre légal, les deux parties (kurdes et turques) ont prouvé leur détermination dans la recherche de la paix.  Maintenant, un cadre légal pour la systématique des pourparlers est inévitable » a-t-il dit.

LE PROCESSUS DE PAIX REND VISIBLE LA CORRUPTION

Les négociations à l’initiative de M. Ocalan ont notamment donné lieu au conflit de pouvoir entre l’AKP et son ancien allié, la confrérie Gulen, qui est contre le processus de paix et accusée d’être derrière la campagne d’arrestations. La révélation des scandales de corruptions au sein du gouvernement et le conflit de pouvoir sont les conséquences directes de la position adoptée par le mouvement kurde.

NOUVELLE DYNAMIQUE SUR LA SCENE POLITIQUE, HDP

En parallèle aux négociations avec le gouvernement et l’Etat,  les Kurdes ont renforcé leur alliance avec la gauche turque, participant d’abord à la création du parti de la démocratie des peuples (HDP), une nouvelle dynamique qui se propose comme alternative. Le BDP a pris une décision importante : participer aux élections sous le toit de l’HPD à l’ouest de la Turquie et multiplier ses mairies dans la région kurde.

LE BDP REVOLUTIONNE LES ELECTIONS

Le projet le plus important mis en œuvre par ces deux partis politiques est sans doute le concept de « co-maire », une révolution. Pour chaque mairie, une candidate et un candidat se présentent, une égalité qui n’a plus besoin de quota. Les mairies BDP ou HDP seront dirigées par le système de coprésidence et le salaire du maire sera partagé entre les co-maires.

Le parti kurde promet une autonomie démocratique aux électeurs, en bâtissant ensemble un “système d’auto-gouvernance”, réduisant le rôle de l’Etat central. Le BDP propose ce système alternatif au concept de l’Etat-nation pour toute la Turquie.  Il propose également une économie communale et des villes écologiques au lieu des projets mégalomaniaques du gouvernement AKP, qui détruisent la nature, creusent la pauvreté, enrichissent les partisans d’Erdogan.

LES ATTAQUES RACISTES

La coalition BDP-HDP a déjà créé une dynamique à travers le pays. La multiplication des attaques racistes et fascistes contre le HDP ces dernières semaines en est la preuve. Des attaques et des tentatives de lynchages ont eu lieu dans plusieurs villes, notamment à Mugla, Izmir, Istanbul et Tekirdag.  Pour le HDP, BDP et les responsables du PKK, ces attaques ont été organisées par l’Etat profond contre la fraternité entre les peuples et contre une perspective démocratique.

DES ELECTIONS LOCALES AVEC UNE PORTEE INTERNATIONALE

Malgré tout, en créant cette nouvelle dynamique à l’Ouest de la Turquie, les Kurdes se sont imposés en première ligne de la scène politique. Le BDP détient déjà plus d’une centaine de mairies. Il espère multiplier ses mairies, en prenant notamment de quatre à sept nouvelles provinces, tout en conservant les siennes. Ces élections seront une nouvelle et grande étape dans  la marche des Kurdes pour l’espoir de construire une nouvelle région,  sur la base de la fraternité et du respect, dans le cadre d’une modernité démocratique. Les résultats des élections locales n’auront pas seulement une portée locale, mais avec des conséquences régionales et internationales.

Par Maxime Azadi

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