Les ministres de la Justice et de l’Intérieur de Belgique (Annemie Turtelboom et Joëlle Milquet) et de Turquie (Sadullah Ergin et Naim Sahin) ont signé ces documents au Palais d’Egmont, en présence des ministres des Affaires étrangères des deux pays, Didier Reynders et Ahmet Davutoglu, ainsi que de la secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration Maggie De Block.

Pour le volet judiciaire, les deux pays s’engagent ainsi à mener des consultations techniques en matière d’assistance judiciaire et d’extraditions, ainsi qu’à mettre en place des canaux de communication directs entre les pouvoirs centraux.

En matière de police, l’accord prévoit des échanges d’informations et de bonnes pratiques en matière de lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée, la traite d’êtres humains, le trafic de drogue et le blanchiment d’argent.

Pour Didier Reynders, cette rencontre traduit le “lien fort” entre les deux pays, cinq ans après une rencontre similaire à Istanbul, notamment en matière de lutte contre le terrorisme.

Dans l’esprit de la délégation turque présente hier à Bruxelles et menée par le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, c’est ” la lutte contre le terrorisme ” qui intéresse Ankara. ” Nous allons créer des points de contacts dans nos ministères, des workshops. Ils vont travailler sur la coopération judiciaire et sur l’extradition des criminels”, a dit le ministre turc de la Justice, Sadullah Ergin.

Mais le même ministre, lors de sa rencontre avec les médias après cette réunion trilatérale, a mis en évidence l’hypocrisie du côte turc au sujet de respect des droits de l’homme et de la liberté d’expression. En réponse à une question relatives aux journalistes se trouvant dans les prison turque, Ergin a dit: “La plupart des journalistes détenus en Turquie ne sont pas inculpés  pour l’expression de leurs idées.  Ils sont jugés ou condamnés pour des actes criminels.”

Or, les principales organisations internationales des journalistes ont démenti plusieurs fois cet argument du gouvernement turc et établi la listes de journalistes se trouvant dans la prison pour des activités journalistiques.

La Fédération européenne des journalistes (EFJ) dont le siège se trouve à Bruxelles et non loin du Palais d’Egmont, réactualise souvent la liste des dizaines de journalistes dans la prison. (http://europe.ifj.org/en/pages/turkey-campaign-set-journalists-free)

Ankara reprochait depuis des années à la Belgique d’héberger des autonomistes kurdes et des membres de l’extrême gauche turque qui se trouvent sur la liste noire des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Toutefois, selon La Libre Belgique du 23 janvier 2013, les choses ne sont pas aussi simples. Plusieurs dirigeants de la diaspora kurde vivent en Belgique depuis des années, ont reçu le statut de réfugié politique ou travaillent à Bruxelles comme lobbyistes auprès du Parlement européen.

C’est le cas d’Eyup Doru, un représentant dans la capitale du parti pro-kurde de gauche, le BDP.

“La Turquie utilise Interpol et met la pression sur tous les dirigeants kurdes qui s’expriment , nous dit-il. Ils m’ont mis sur Interpol en 2007. Or je vis en Europe depuis les années 80. La dernière fois que j’ai été arrêté, c’était à Munich l’an dernier. Je me suis retrouvé en prison pendant quarante jours, délai maximal pour que la Turquie puisse soumettre des preuves à la justice allemande. Elle ne l’a pas fait.”

Pour les avocats belges qui défendent les dirigeants kurdes, on assiste à une criminalisation d’une communauté. ” Des dizaines de militants ont été arrêtés , relève Me Joke Callewaert, tout mouvement légal est considéré comme terroriste, et chaque association kurde est associée au PKK.” La multiplication des mandats d’arrêt bloque aussi l’intégration. ” Une conséquence de ce harcèlement judiciaire, c’est que l’accès à la nationalité ( belge ) est bloqué “, nous explique Me Olivier Stein. (La Libre Belgique, 23 janvier 2013)

Enfin, ironie du sort, alors que la Belgique signait les accords policiers avec la Turquie, à Strasbourg la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) condamnait la Turquie pour la enième fois pour avoir violé la liberté d’expression en ayant interdit de tenir des meetings électoraux en langue kurde.

La France veut retrouver sa place dans le jeu des grands contrats en Turquie

La Turquie attend des renseignements de la France sur l’assassinat à Paris de trois militantes kurdes, un événement qui ne devrait pas remettre en cause les nouveaux rapports entre les deux pays, a indiqué mercredi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

“Nous suivons de près cette affaire (…) Des contacts sont en cours entre les autorités sécuritaires des deux pays”, a déclaré Selçuk Ünal lors d’un point de presse.

Interrogé si le triple meurtre des trois femmes disposant de la nationalité turque nuirait aux relations bilatérales, ravivées après l’éléction de François Hollande à la présidence française, le diplomate a répondu par la négative:

“Nous allons poursuivre par tous les canaux nos rapports avec la France. Il existe une volonté réciproque pour développer ces rapports avec l’arrivée de la nouvelle administration française”, a-t-il déclaré .

Il a aussi souligné qu’une éventuelle visite de M. Hollande en Turquie dans le courant de 2013 ne serait pas remise en cause.

La France a déjà repris pied en Turquie pour tenter de retrouver une place de choix dans le jeu des grands contrats qu’Ankara, sur la lancée de sa forte croissance, s’apprête à attribuer dans les secteurs stratégiques de l’aéronautique et du nucléaire civil.

Lors d’une visite de vingt-quatre heures à Istanbul, la ministre française du Commerce extérieur Nicole Bricq, escortée d’une pléiade de patrons des industries françaises du luxe, a répété à ses interlocuteurs turcs que la page des crises était tournée.

“Il s’agit de renouer des liens qui ont été quelque peu malmenés ces dernières années. Le fait que je sois là aujourd’hui est un bon signe des relations que nous souhaitons entretenir avec la Turquie (…) un signal politique”, a-t-elle lancé mercredi.

La Turquie a attribué en 2010 la construction de son premier réacteur nucléaire à la Russie et doit annoncer avant la fin du mois son choix pour une deuxième centrale. Et la coentreprise Atmea, détenue par le français Areva et le japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI), s’est déjà mise sur les rangs pour la troisième.

Autre chantier relancé par la France, celui de l’aéronautique. L’Européen Airbus a arraché le mois dernier au nez et à la barbe de son concurrent américain Boeing un contrat pour la fourniture de 75 moyen-courrier Airbus A320 Néo (+ 25 en option) à la compagnie à bas coût turque Pegasus.

La compagnie nationale Turkish Airlines (THY) discute actuellement avec l’avionneur européen d’une autre commande géante de 150 appareils.

Juste avant de repartir pour Paris, à bord d’un avion de Turkish Airlines, la ministre française s’est entretenue avec ses hauts responsables pour tenter de faire pencher la balance en faveur d’Airbus.

Comme il l’avait fait à Paris en novembre, le ministre turc de l’Economie Zafer Caglayan a, lui aussi, répété son ambition de relancer le partenariat économique entre les deux pays. “Nos portes vous sont toujours ouvertes”, a-t-il lancé aux patrons français en rappelant que son pays prévoyait 250 milliards de dollars d’investissements dans le seul secteur des infrastructures d’ici 2023.

Il a toutefois rappelé à son hôte que tous les nuages qui obscurcissent la relation franco-turque n’avaient pas encore été chassés. A commencer par le dossier sensible de l’entrée de la Turquie dans l’UE.

“Avec la Turquie, l’UE aurait eu une croissance de 1,8% en 2011 au lieu de 1,5%”, s’est permis de relever M. Caglayan. Et son collègue de l’Energie a rappelé que “des sujets aussi importants que le nucléaire ne peuvent pas être élaborés indépendamment des questions internationales”. (AFP, 16 janv 2013)

http://www.info-turk.be/413.htm#Une

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