L’opération s’est faite dans le cadre d’une action plus large et plus accentuée de répression contre les Kurdes en Turquie. En décembre dernier, le Parti démocratique pro-kurde DTP a été interdit par la Cour constitutionnelle turque sous le prétexte fallacieux d’avoir des activités illicites contre l’unité de l’État turc. Depuis, un nouveau parti a été fondé, le Parti pour la Paix et la Démocratie (BDP). Le mois passé, 131 de ses cadres dont plusieurs bourgmestres ont été arrêtés par la police turque sous prétexte qu’ils étaient des membres du PKK. Dans les jours qui ont suivi, on a assisté en Italie, en Allemagne, en France et aux Pays-Bas à des perquisitions et des arrestations policières du même type.

En Belgique, la police a perquisitionné les studios de la TV kurde à savoir l’émetteur Roj-TV qui semble être particulièrement mal accepté par le régime turc. En 1996 déjà, cela avait été le cas pour Med-TV dans le cadre de l’opération Spoutnik. Ils avaient aussi à l’époque visité les studios de Denderleeuw,  après avoir enfoncé les portes et ils avaient confisqué l’appareillage électronique. Dix ans après, on ne parle plus de l’opération Spoutnik, en effet on n’a jamais pu démontrer que les 17 suspects emmenés à l’époque aient appartenu à une quelconque organisation criminelle. On vient de recommencer la même opération et les ordinateurs de Roj-TV ont été également mis sous scellés et embarqués. Pourquoi cette répétition d’une opération qui n’avait jamais donné de suite. Va-t-on à nouveau parler des sérieuses présomptions des autorités judiciaires pour expliquer une opération qui n’a sans doute qu’un seul but : faire taire la TV kurde qui demande tout simplement le droit d’exister.

Plusieurs éléments de cette soudaine agression contre les Kurdes peuvent nous faire penser que les autorités judiciaires l’ont organisée à la demande pressante d’Ankara. Dès la fin de l’opération, le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu adressait ses félicitations à notre pays pour son sens des responsabilités. Il est vrai que fin décembre, notre Premier ministe, M. Leterme avait promis au pouvoir d’Ankara d’augmenter la coopération entre la police belge et la police turque et cela afin de faire taire toute opposition kurde en Belgique. Ce 18 janvier, le nouvel ambassadeur de Turquie, Mirat Ersavci, a été reçu par M. Leterme  et le ministre de la Justice  M. De Clerck pour lancer une opération de répression contre Roj-TV et d’autres organisations kurdes. Cela prouve que tout avait été organisé entre Bruxelles et Ankara afin de limiter une fois de plus les droits culturels des Kurdes.

Nous ressentons que cette action en Belgique est la simple continuation de l’oppression culturelle subie par les Kurdes en Turquie. À de nombreuses reprises, la communauté kurde a subi en Belgique des agressions téléguidées par Ankara. Chaque fois, les Kurdes ont pu donner aux autorités judiciaires belges les moyens d’identifier les agresseurs mais rien n’a jamais été fait contre eux et ils sont restés impunis.

? Le 30 décembre 1984, des activités culturelles pacifiques dans des locaux du centre communal Ten Noey (Saint-Josse Ten Noode) ont subi une agression, les agresseurs n’ont pas été punis et les Kurdes ont dû déplacer leurs activités a Evere.
? Le 17 novembre 1998, l’Institut kurde de Bruxelles, le bâtiment du Centre Culturel des Kurdes et les locaux de l’Association Assyrienne ont été incendiés. Malgré des preuves formelles et le fait que des images télévisuelles ont permis d’identifier les agresseurs, les extrémistes turcs arrêtés ont été libérés quelques heures après leur interrogatoire et l’affaire est restée sans suite.
? Le 10 décembre 2005, aux environs de 22h30, un cocktail-molotov a été jeté dans les locaux du parti pro-kurde Dehap

Nous sommes persuadés que toutes ces actions contre la liberté d’opinion ont été inspirées par la Turquie. On a aussi tout fait pour donner une image démoniaque du PKK présenté comme une organisation terroriste alors qu’en fait il s’agit d’une organisation acculée par le pouvoir turc à résister afin d’obtenir la reconnaissance des droits les plus élémentaires pour la population kurde  de Turquie autant sur le plan linguistique, politique que culturel.

Le dernier rapport sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne a clairement indiqué que la Turquie devait au plus tôt trouver une solution démocratique à la question kurde, la dernière conférence sur ce sujet, le 10 février de cette année a encore appelé l’État turc à respecter le droit des minorités, ce qui est essentiel pour pouvoir entrer dans l’Union européenne. La politique menée dans notre pays vis-à-vis des Turcs nous permet de supposer que même cette demande européenne n’a pas atteint les oreilles des autorités belges.

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